Ovni : Dead Sushi

Les méandres de la VOD nous offrent parfois de vrais trésors « what the fuck ». C’est ainsi qu’on a découvert cette série Z complètement déjantée avec les tout premiers sushis cannibales. Réalisée par Noboru Iguchi, à qui l’on doit également Zombie Ass: the toilet of the dead, petit chef d’œuvre avec des zombies sortant des toilettes. Ce sashimi visuel a été produit avec un budget format mouchoir de poche par Sushi Typhoon, société de production japonaise spécialisée dans le cinéma bis d’horreur et de science-fiction.

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Ce film s’inscrit dans un courant du cinéma bis mettant en scène des aliments qui s’en prennent à l’humanité. On pense à l’Attaque des tomates tueuses (1978) ou à l’Attaque de la moussaka géante (1999), où est mise en œuvre la vengeance de la nourriture sur les êtres humains. Les personnages se font en effet dévorer par leur propre nourriture, schéma inversant les rapports de force, stigmate d’une société qui mange trop, qui consomme trop. D’où vient donc ce courant de films ? Est-il vraiment lié au développement de la société de consommation, de surabondance ou existait-il auparavant ? Ces films témoignent d’une sorte de résistance contre la société de consommation qui exploite la nature et la contraint pour son profit. Ils s’inscrivent dans une remise en cause globale du mythe du progrès, de la supériorité humaine, et donc du darwinisme, où l’espèce humaine trônant au sommet de l’échelle de l’évolution semble promise à maîtriser toutes les forces de la nature. Le succès de ce type de film, tout comme celui de Godzilla et autres monstres, peut aussi s’expliquer dans la culture japonaise par les traumatismes vécus en 1945. Les ravages de la science et du progrès se sont ancrés dans leur chair et leur inconscient. Un autre cadre de lecture, plus en lien avec la culture européenne et ses archétypes, nous donnerait à voir ces films comme un écho résonnant avec le mythe de Frankenstein, mythe de la science qui crée l’homme parfait dans un corps parfait et éternel, se retournant contre l’humanité.
Dead Sushi c’est donc l’histoire de l’obscure vengeance d’un biologiste devenu SDF, contre le patron du groupe pharmaceutique pour le compte duquel il avait mené des expériences de résurrection de cellules mortes. Sa colère est attisée par un jeune couple qui renverse son plateau de sushi. Ne supportant pas de voir ses sushis gâchés, le savant déchu réanime le poisson sous la forme d’un calamar qui poursuit le jeune couple et leur tranche la gorge. C’est ce mollusque missionné par le SDF, qui transmet un pouvoir démoniaque aux autres sushis.

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Mais Dead Sushi c’est aussi l’histoire d’une émancipation : celle d’une jeune fille, Keiko, qui ne supporte plus la rigueur et la discipline de son père, grand maître du sushi. Elle s’enfuit et devient hôtesse dans une auberge sur le déclin. Notre héroïne y affronte toute sorte de dangers, incarnés par les abominables gérants – prêts à la découper en lamelles mais avec le sourire et en s’excusant continuellement, on est bien au Japon ! – ou par les sushis tueurs, qui décident d’en finir avec l’espèce humaine. Ces attaques donnent alors lieu à une effusion d’images gores, de corps dénudés, de démonstrations d’art martial et d’humour potache. Comme on s’en doute les sushis n’ont ici aucune morale : ils dépècent, déchiquettent, s’arment d’écailles acérées pour découper des langues, copulent et ricanent diaboliquement. En guise de dessert, les humains infectés par les sushis se transforment en zombies et attaquent les survivants tout en bavant du riz.

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L’unique sushi bienveillant est le sushi omelette, celui que les consommateurs méprisent. Intimidé et moqué par ses congénères, il chante des berceuses, sauve notre héroïne grâce à son jet d’acide et restaure in fine notre confiance en matière de sushis. En définitive ce sont les personnages capables de se défier des sushis industriels, ceux qui maîtrisent la tradition, l’art et la manière du sushi (maintes fois comparé à l’art martial), qui survivront. Keiko reviendra de sa fugue plus mature, ayant fait face à son destin et enfin acceptée par son père.
Dead Sushi fait donc, on l’aura compris, dans l’art du grand n’importe quoi. Certes, il faut parfois s’accrocher, les attaques des sushis sont un peu répétitives et les effets spéciaux complètement décadents, mais on rit beaucoup et on apprend à faire des sushis.

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