Film du grenier : Fantasia

Il n’y a pas d’âge pour regarder des films, et les enfants que nous étions ont tous été marqués par quelques uns en particulier. Il s’agissait à l’époque de les visionner en boucle tous les jours, pendant des mois, jusqu’à devenir capable de trouver nos passages préférés les yeux fermés en maniant la télécommande avec adresse – rembobiner, avance rapide, avance très rapide, bis repetitam, quitte à fatiguer la bande magnétique de la cassette, quitte à essouffler le mécanisme du magnétoscope. Croiser un de ces films au détour d’un catalogue VoD, c’est la garantie d’une intense bouffée de nostalgie, encore accrue par le fort pouvoir d’évocation des images et du cinéma en général… Et, aujourd’hui, de la musique : on se replonge dans Fantasia, un classique qui a bercé de nombreuses générations et peut continuer de le faire sur de nouvelles plateformes.

Quand on est petit, il y a d’un côté tous les Disney… Et de l’autre Fantasia. Le film de 1940 a un statut complètement à part, se distinguant de tous les autres dessins animés que l’on a pu voir par sa forme atypique, au risque de rebuter ou dérouter une partie de son audience. Film à sketches, il est composé de sept segments qui sont autant d’illustrations de morceaux iconiques de musique classique, et il n’y a donc pas de fil narratif, d’histoire ni de personnage commun à l’ensemble. La bande sonore est par ailleurs entièrement consacrée à la musique, et en dehors de courtes introductions explicatives les différentes parties sont donc muettes. Bref, on est loin de l’adaptation de conte traditionnel ou du cartoon drôle et accessible pour petits et grands.

En effet, après la consécration de Blanche-Neige en 1937, Walt Disney veut poursuivre dans la voie du succès et continuer d’ennoblir le genre de l’animation en y associant une dimension pédagogique et prestigieuse. Par ailleurs, et comme la qualité technique et la beauté du long-métrage à la pomme rouge sont unanimement louées, il s’agit aussi d’aller plus loin dans l’expérimentation et l’innovation. Il veut oser l’abstraction et fait appel à Oskar Fischinger, auteur d’animation expérimentale, pour travailler ensemble avec plus de moyens sur l’idée novatrice de celui-ci : essayer de représenter les impressions mentales qui viennent à l’esprit quand on écoute de la musique. Mais la démarche est trop extrême pour le studio, et la collaboration tourne court. On retrouve l’influence de l’artiste allemand dans le premier segment, sur la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, mais pour le reste des visions musicales c’est une approche figurative qui a été choisie.

Les autres segments sont donc peuplés de créatures identifiables et non plus seulement de formes et aplats colorés. Soyons honnêtes, on aurait vraiment trouvé le temps long si tout le film avait été abstrait ; quand on est enfant, le visionnage de Fantasia est déjà une expérience particulière, et pas des plus intelligibles. On se réjouit quand Mickey apparaît, mais sinon on peine à saisir l’enjeu de ces séquences étranges dans lesquelles les animaux dansent sur de la musique d’adultes, sans paroles et sans rythme évident. Les hippopotames en tutu aident toutefois efficacement à familiariser les plus jeunes avec la musique classique, et même si l’on n’a pu s’empêcher de trouver ce dessin animé un peu ennuyeux, il reste aussi marquant que fascinant. A la mode des Disney old school, il a quelques passages inquiétants – voire traumatisants – en réserve (le Diable d’Une nuit sur le mont Chauve en particulier) mais regorge aussi de moments de grâce et d’illustrations saisissantes. On peut par ailleurs retrouver diverses inspirations en gestation dans le film, entre les scènes bucoliques de Casse-Noisette qui font écho à Alice au Pays des Merveilles, la mythologie badine de la Symphonie pastorale qui annonce celle d’Hercule, ou encore une préfiguration du rêve de Dumbo.

Aujourd’hui adultes, on ne peut que reconnaître les qualités plastiques et intellectuelles de Fantasia, et avoir peut-être envie à notre tour de le montrer aux enfants autour de nous… En le trouvant sur Canalplay par exemple ?

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