Notre sélection de la semaine : Der Samurai de Till Kleinert (et quelques autres)

C’est un conte barré, perché, sanglant, dérangeant. Comme presque tous les contes, Der Samurai se déroule dans la forêt et narre l’affrontement d’un héros contre une créature maléfique. Mais il brouille la frontière entre le bien et le mal et détourne le mythe du loup-garou pour mieux mettre en valeur le sous-texte psychanalytique des légendes de notre enfance, entre violence primitive et peur primale.

La nuit de sa première garde, Jakob, un jeune flic un peu coincé, se retrouve confronté tout ensemble à ses limites, ses frustrations, ses craintes, ses pulsions et ses fantasmes, d’abord sous la forme d’un loup puis d’un homme travesti armé d’un sabre et d’une intense soif de destruction : le samouraï. Alter ego, manifestation de son subconscient, yin de son yang, gourou du chaos, mauvais esprit des bois qu’il aurait invoqué par inadvertance, tout ça à la fois ? On ne le sait pas vraiment et l’enjeu n’est pas là. Il est dans leur course-poursuite effrénée, magistralement mise en scène au cœur d’une forêt angoissante et dans les rues d’un village désert. Chapeau au directeur de la photo et au réalisateur, dont le travail est d’autant plus impressionnant qu’il s’agit d’un film de fin d’études au budget très limité. En croisant le modèle de la fable avec l’ultra-violence d’un jeu vidéo, un certain folklore européen avec un certain folklore japonais, Till Kleinert a créé une oeuvre unique qui vous laissera aussi perplexe qu’enthousiaste.

Si vous avez aimé l’expérience, pourquoi ne pas tenter celle – tout aussi fascinante et remuante – d’Only God Forgives (Nicolas Winding Refn) ? Du sang et des lames sublimés à l’extrême dans une ambiance surréaliste, sensuelle et tendue, avec Ryan Gosling en prime.

Pour une autre réécriture de créature légendaire aussi décalée que macabre, vous pouvez vous frotter au Thirst de Park Chan-wook, dans lequel les vampires se font charnels et cinglés.

Mais vous pouvez aussi aller voir :

Love de Gaspar Noé, qui ne vous laissera pas de glace si vous êtes des esthètes en puissance. Malgré un argument de vente très provocateur, ce n’est pas un porno en 3D mais une grande histoire d’amour et de passion. Sensuel et formellement admirable, cette poésie des corps qui exalte l’amour quotidien est presque troublante, davantage que la profusion redondante de scènes de sexe. Finalement, le film est desservi par son argument marketing : ni provocateur, ni subversif, Love est tout ce qu’il y a de plus convenu, surfant sur des fantasmes hétéros, annihilant les plaisirs féminins, et n’apportant aucune justification à l’utilisation de la 3D, si ce n’est une giclée dont on se serait passés. Reste le récit d’une ivresse amoureuse qui n’a pas déplu à Léontine.

Arthur, lui, vous recommande La Isla mínima, une enquête noire et poisseuse dans les marigots andalous, pour sa photographie léchée à souhait et son évocation subtile de la période post-franquiste des années 80.

Mais si vous préférez continuer sur la voie du film de genre, vous êtes gâté par les ressorties de cette semaine : film de guerre musclé et Sylvester Stallone dans Rambo ou horreur vintage et Deborah Kerr dans Les Innocents, il est l’heure de revoir ses classiques.

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