Notre sélection de la semaine : Aferim! (et quelques autres)

Aferim! est un délicieux petit conte satirique, récompensé par un Ours d’argent à la Berlinale. Il suit à travers la campagne valaque un homme de loi, père vieillissant, plein de préjugés, et son fils, un peu naïf, à la recherche d’un esclave. Esclave qui a pris la fuite après avoir été accusé (à tort) d’avoir séduit la femme de son maître, un riche et ignoble noble.

Ils rencontrent en chemin des religieux racistes, des hommes de loi corrompus, des Ottomans méprisants, des esclaves maltraités, etc. Les dialogues, dévoilant toute la cruauté de cette société envers toutes les minorités – les gitans, les juifs, les femmes – évoquent aussi leurs peurs, leurs soupçons, leurs superstitions, exacerbés par les menaces planantes de l’Empire Ottoman d’un côté et de la Russie de l’autre. Ce film semble indéniablement faire écho à la société roumaine contemporaine. Radu Jude y dresse de constants parallèles à travers ces clichés, ces stéréotypes, ce racisme.

On aurait beaucoup aimé parler roumain pour saisir toutes les subtilités et la poésie des dialogues, tirés de textes historiques de cette période. Cette tragi-comédie teintée d’humour noir, qui prend parfois la forme du western avec son shérif et son fugitif, est sublimée par une superbe photographie en noir et blanc, magnifiant les paysages filmés en plans larges. Le film traite avec brio des questions graves, de responsabilité, de relativisme moral ou de culpabilité, à travers le rapprochement entre les traqueurs et le traqué.

Sur les infamies de l’esclavagisme on vous recommande forcément de voir ou revoir 12 Years a Slave.

Et pour plus de poésie, toujours sur fond d’oppression sociale et de campagne sublimée par le noir et blanc, on vous conseille aussi le fascinant HEIMAT qui relate les espoirs et les amours d’un jeune surdoué de la littérature dans une Allemagne rurale du XIXème ravagée par la famine.

Mais vous pouvez aussi aller voir

Jordan vous recommande La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, road movie glamour et sensuel qui revisite le roman de Sébastien Japrisot dans un thriller en pente douce vers une folie programmée. Ici, comme pour son premier film Gainsbourg (Vie héroique), Joann Sfar nous transporte aux frontières de la réalité dans une France vintage et esthétisée.

Pour Magui, Les Quatre Fantastiques ne nous change pas de l’ordinaire super-héroïque, et a par ailleurs l’aspect d’une très longue exposition – reste le charisme des quatre acteurs principaux.

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