Go Back To Where You Came From

Le jeudi 30 juillet, la chaîne SBS diffusait le 3ème et dernier volet de son docu-réalité Go Back To Where You Came From, qui fait vivre la vie de clandestins à six Australiens pro et anti immigration. Cet ultime épisode a fait couler beaucoup d’encre car on y voyait les participants de l’émission s’approcher bien trop près d’une zone de combat en Syrie et être visés par des tirs de l’Etat Islamique, n’ayant pour seule protection qu’un gilet par balle. La télévision est-elle arrivée à un point de non-retour dans sa quête de sensationnalisme ? Pour essayer de mieux comprendre la démarche du programme, il faut revenir sur la spécificité de la politique d’immigration australienne.

go back syrie

Si l’Union Européenne peine à gérer le flux de migrants qui arrivent sur ses côtes, l’Australie a de son côté mis en place une politique extrêmement ferme pour protéger ses frontières. Via une opération nommée “Frontières souveraines”, l’armée est chargée d’empêcher les bateaux de clandestins d’arriver sur les côtes. Venant de Somalie, d’Irak, d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan ou encore du Sri Lanka, ces derniers convergent vers l’Indonésie pour ensuite atteindre l’’Australie. Deux options sont laissées à ceux qui tentent la traversée : faire demi-tour vers l’Indonésie ou se diriger vers des camps de rétention situés dans les îles aux alentours (Nauru, Manu et l’île Christmas) ou au Cambodge. Le Cambodge percevant une aide financière du gouvernement australien pour accueillir les réfugiés.  

Prêt à tout pour stopper les bateaux, le Premier Ministre conservateur Anthony John Abbott et son gouvernement ont dépensé plus de 20 millions d’euros (budget pour quatre ans) dans des campagnes publicitaires choc s’adressant directement aux candidats à l’immigration illégale.

australia-anti-immigration-ad

Cette politique inflexible mais dénoncée par les organisations des droits de l’Homme est depuis trois ans le sujet du docu-réalité Go Back To Where You Came From, dans lequel six Australiens se confrontent pendant 25 jours à la dure réalité des clandestins et des demandeurs d’asile. 

Le but de l’émission est de lutter contre le racisme dont sont victimes les immigrants, de sensibiliser les Australiens à leur cause et à leurs conditions de vie épouvantables. La volonté de Came Back To Where You Came From est aussi de soulever le débat dans un pays où l’étranger qui tente de venir illégalement est perçu comme un queue jumper (un resquilleur/tricheur) qui n’a pas sa place au côté des ‘“vrais Australiens” et qui pourrait être une source de danger potentiel.

bateau immigrants

Des camps de rétention en Indonésie à la jungle cambodgienne en passant par la Syrie, les six Australiens scindés en deux groupes suivent à peu près le même itinéraire : ils vont à la rencontre d’immigrés ayant réussi à entrer de manière illégale sur le territoire australien, ils font une traversée de six heures dans des bateaux identiques à ceux qui ramènent les migrants en Indonésie, ils se rendent dans des camps de rétention et dans un camp de réfugiés en Syrie. Pour conclure cette expérience,  ils sont exposés à la réalité de la guerre en stationnant en pleine zone de combat.

En faisant cela, les créateurs de l’émission voulaient secouer encore un peu plus leurs participants et certainement achever de les convaincre d’être un peu plus tolérants. L’exercice a-t-il été probant ? Pas complètement.

L’objectif de Go Back To Where You Came From est de mettre à mal les préjugés d’Australiens ordinaires. Trois des six participants avaient une vision très sévère des migrants. A la fin de leur expérience, l’une a changé de point vue, le second a nuancé son propos (il avait lui-même fui le Vietnam enfant pour rejoindre l’Australie) et la dernière campe sur ses positions, la misère et les violences n’ayant pas suffi à la faire changer d’avis. Sûrement parce que l’émission, malgré ses ambitions fortes, se contente de les emmener de camps en camps comme si il s’agissait des étapes d’un voyage touristique, sans pour autant creuser le sujet. Prendre par les sentiments ne suffit pas, particulièrement lorsque l’on a à faire à des gens comme la controversée Kim Vuga qui estime que si les réfugiés sont incapables de nager, ils ne devraient pas monter sur un bateau…

Go Back Davy

Pour le téléspectateur; ce côté « promenade du malheur » est un peu gênant, surtout s’il s’agit d’observer les réactions d’Australiens sortis de leur petit confort et découvrant la misère du monde. Peut-être que les intégrer à une mission humanitaire aurait par exemple eu davantage d’impact, non seulement pour les candidats mais aussi pour l’intérêt du téléspectateur. Le seul seul point positif de ce programme est la diversité des gens rencontrés : en famille ou seuls, ayant fui les bombardements ou victimes de racisme, tous ont une histoire à raconterDommage que ces rencontres ne soient pas le cœur du programme, qui se contente d’égrainer une galerie de portraits.

A son lancement en 2011, Go Back To Where You Came From avait battu des records d’audience. Pour renouveler son format, les participants de la deuxième saison étaient des gens célèbres, des écrivains et des politiciens. Cette troisième saison reprend le schéma de la première tout en n’apportant rien de nouveau, à part créer le buzz en mettant en danger ses participants. Si cette émission démontre que la télé-réalité peut être utile et faire changer les mentalités, il est décevant de voir que la pauvreté du traitement n’est pas à la hauteur du concept, réduit à une vulgaire télé-réalité en quête de sensations.

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