Dragon Ball Super ou le retour des héros

Que vous soyez férus d’animation ou non, vous n’avez sans doute pu y échapper. Depuis quelques semaines, l’une des œuvres cultes ayant bercé la jeunesse d’une grande partie d’entre nous se rappelle à notre bon souvenir. 19 ans après la fin de Dragon Ball Z, Akira Toriyama, le créateur originel du manga, et les studios Bandai ressuscitent l’un des mythes du Club Dorothée, le nouveau Dragon Ball est là. Que peut-on attendre de cette nouvelle série ? Suite logique d’une épopée qui n’avait pas dit son dernier mot ou volonté commerciale de satisfaire une génération de fans en manque ? Entre enthousiasme et méfiance, gageons qu’après une si longue attente, Dragon Ball Super ne peut pas vraiment nous laisser indifférents.

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Dragon quoi ?

Pour ceux qui n’auraient pas connu l’époque d’Ariane, Corbier et autres joyeux drilles du Club Dorothée, remontons quelques années en arrière à l’époque où tous les enfants rêvaient de se transformer en super saiyans dans les cours de récré. Au début des années 90, Dragon Ball apparaît comme une véritable révolution pour les petits Français. Déluge d’action, de combats et de super pouvoirs, la série bouleverse les codes de l’animation jeunesse en entérinant définitivement le genre du dessin animé action. Si des séries comme Goldorak, Cobra ou Albator ont pu en leur temps initier toute une génération au spectaculaire des animes japonais, Dragon Ball permet à la japanimation de franchir un cap de popularité jamais vu auparavant. Près d’1,5 millions de spectateurs en moyenne le mercredi matin entre 1992 et 1996, 30 à 40% de parts de parts de marché sur les 4 ans et plus, DBZ profite de l’engouement pour le Club Dorothée et devient une œuvre culte pour toute une génération. A partir de cette série, les productions japonaises ne seront plus une curiosité venue d’ailleurs mais bien un véritable phénomène de société.

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Pourquoi tant de succès ? Le phénomène Dragon Ball repose sur une intrigue simple, symptomatique du genre dit du nekketsu. Nous suivons l’accomplissement d’un jeune garçon orphelin et naïf, Son Goku, qui découvre petit à petit son potentiel, apprend à le maîtriser et l’utilise pour affronter toutes les épreuves qui se dressent devant lui. Simple quête initiatique au départ, la série évolue vers une véritable épopée intergalactique au fil des épisodes. La grande originalité de cet univers n’est pourtant pas là mais plutôt dans l’évolution sur le temps de ses personnages. On voit Son Goku grandir, fonder une famille et s’entourer d’un clan d’amis. Tout extraterrestre qu’il soit, le héros surpuissant s’avère au fond très proche de nous. La fresque de super guerriers de l’espace se révélerait-elle finalement une sorte de manga soap pour grands enfants ?

Petit lexique tout de même pour ceux n’ayant jamais vu un épisode de cette saga, l’univers Dragon Ball est désormais constitué de quatre séries. Dragon Ball, diffusée de 1986 à 1989, nous conte l’enfance de Son Goku. Dragon Ball Z est une fresque relatant les luttes dantesques de Goku et ses proches contre des ennemis toujours plus puissants, diffusée de 1989 à 1996. Enfin Dragon Ball GT est une projection de l’univers de DBZ dix ans après, mélangeant voyage spatial et transformations en guerriers surpuissants. Cette dernière série ne durera qu’un an, de 1996 à 1997. Dragon Ball Super dont nous parlons aujourd’hui s’intercale entre DBZ et DBGT.

Nostalgie quand tu nous tiens

Si Dragon Ball a su marquer les esprits à son époque on pourrait s’attendre à ce que le phénomène soit aujourd’hui totalement passé de mode. Après tout, Naruto ou One Piece ont depuis su prendre la relève en prouvant que l’animation japonaise ne pouvait se réduire aux souvenirs nostalgiques des geeks trentenaires. Et pourtant, si la soif d’action des amateurs de manga est épanchée, il semble malgré tout que la ferveur autour de Dragon Ball ne pouvait rester définitivement en sommeil.

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Si Dragon Ball Super vient relancer la licence en cette année 2015, peut-on vraiment dire qu’elle la ressuscite ? A-t-elle au fond vraiment disparue ? Ceux n’ayant pas connu les heures de gloires de Bernard Minet (Bioman) ont déjà eu l’occasion de se rattraper grâce à Dragon Ball Kai, version restaurée et condensée de DBZ débarrassée de tout remplissage et autres épisodes bonus inutiles. Plus proche du manga originel, ce « remake » diffusé de 2011 à 2014 a permis à la licence de rester de première actualité près de 20 ans après ses premiers succès. Le mouvement ne s’arrête pas là puisque depuis la fin des années 90 la plupart des plateformes de jeux vidéo ont eu droit, avec plus ou moins de bonheur, à leur(s) adaptation(s) vidéoludiques. Bref, on a connu des licences vintage largement plus décaties. A l’heure de conter la suite des aventures de Goku et compagnie, plusieurs générations de fans maîtrisent déjà sur le bout des doigts l’univers de Dragon Ball. Pas besoin de cours de rattrapage, il n’y a plus qu’à se laisser emporter pour découvrir le nouveau destin des héros de notre jeunesse.

Question graphismes et visuels, que les fans se rassurent : le dépaysement ne sera pas de mise. On retrouve le trait si identifiable de Toriyama avec ses muscles saillants, ses angles marqués et ses chevelures improbables. Au niveau des combats, point d’inquiétude, la patte Dragon Ball est toujours aussi efficace. Coups de points à la vitesse de l’éclair, téléportations et combats de boules d’énergie sont là pour le plus grand plaisir des yeux. On retrouve ce dynamisme et cette énergie si caractéristique de DBZ qui n’a définitivement rien à envier aux Naruto ou autres Bleach. Seule ombre au tableau, le graphisme ne suit pas toujours la folie des mouvements. Voir des personnages déformés ou dessinés très grossièrement pendant les affrontements fait un peu tache pour une série aussi attendue. On fermera pour l’instant les yeux sur ces petits défauts mais il est tout de même dommage de constater parfois un rendu plus pauvre que celui des dessins des années 90.

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Épopée, quête ou redite ?

Dragon Ball Super reprend l’intrigue de DBZ exactement là où nous l’avions laissée. Le terrible Majin Buu a été vaincu, la paix règne enfin sur la Terre. Les grands rivaux Goku et Vegeta n’en oublient pas pour autant leur entrainement et les enfants poursuivent gentiment leurs études. Tout cela serait beau si un mystérieux dieu de la destruction, Beerus, ne s’éveillait d’un long sommeil à l’autre bout de la galaxie. Ce synopsis vous rappelle quelque chose ? Rien de plus normal. Suivant un principe surprenant, les premiers épisodes de DB Super reprennent à la lettre ou presque les événements survenus dans le film d’animation Battle of Gods sorti il y a maintenant deux ans. Ne jetons pas tout à fait la pierre à cette idée, au moins les fans n’ayant pas encore vus le film ne seront pas perdus. Pour les autres par contre, l’ennui risque fort de s’installer.

La première chose qui frappe lorsque l’on découvre l’univers de Dragon Ball Super, c’est l’absence totale de différence entre DBZ et cette nouvelle série. Les enfants Goten et Trunks semblent avoir définitivement arrêté leur croissance, Tortue Géniale a toujours bon pied bon œil et se montre plus pervers que jamais, bref, toute la famille est là et inchangée. L’intrigue se déroulant six mois après les derniers événements de DBZ, ce manque d’évolution se comprend, mais on reste sur l’étrange impression de se retrouver devant une saison bonus plus que devant une véritable nouvelle série. La première suite imaginée à DBZ, Dragon Ball GT, était bien loin d’être parfaite mais elle avait au moins pour mérite de créer une rupture avec son modèle en montrant des héros vieillissants confrontés à un monde qui n’était plus tout à fait le leur. Avec Dragon Ball Super on reste en terrain un peu trop connu, comme s’il fallait à tout prix rester dans l’imaginaire qui avait plu aux fans des premières heures.

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Pas de grandes surprises au menu donc mais une installation qui prend tout son temps, au risque même de paraître un brin poussive. Adoptant un ton rieur et enfantin, la série progresse par un enchaînement de scènes humoristiques et de moments un peu plus sérieux, sans jamais vraiment se décider entre les deux. Le nouveau bad guy, Beerus, plutôt charismatique au demeurant, est un bon exemple de cet étonnant entre deux mixant rire et drame. S’il est perçu comme un réel danger par l’intensité de ses pouvoirs, son obsession pour la nourriture crée un vrai décalage n’aidant pas vraiment à le prendre au sérieux. Ce trait de caractère le fait apparaître comme un miroir de Goku et nous rappelle les méchants un peu décalés de Dragon Ball plus que les ennemis impitoyables de DBZ. Pourquoi pas, mais avec un humour un peu trop gentillet si ce n’est lourdingue, il est difficile d’y trouver son compte passé l’âge de 10 ans.

Le plus gros problème qui se pose pour DB Super semble finalement résider dans son manque d’enjeux. Toute la série se construit sur l’attente du Super Saiyan God et des Super Saiyen God Super Saiyen, ultimes transformations de Goku et Végéta. Si le côté assez absurde de ces dénominations est déjà un souci en soi, le fait de les avoir déjà vus dans les films Battle of Gods et Résurrection de Freezer nuit considérablement au suspense. A quoi bon suivre la série si l’on sait déjà ce qui va se passer ? Il manque quelque chose pour nous faire rester devant notre écran, outre la perspective merveilleuse de voir Son Goku arborer des cheveux roses. Si Dragon Ball Z nous a tant passionnés plus jeunes ce n’est pas que pour son héros sympathique, mais bien grâce au charisme de ses adversaires et au suspense de chaque affrontement. DBZ n’a jamais été aussi convainquant que lorsque ses héros avaient quelque chose à perdre. Si l’on ne craint pas la défaite, si l’on ne frissonne pas pour Gohan ou Végéta, alors que reste-t-il sinon un feu d’artifice d’effets ? Ce fut déjà l’erreur de Dragon Ball GT à son époque, sombrant dans la course aux transformations spectaculaires sans développer de réelle intrigue, ce qui laissait un goût d’inachevé aux fans de DBZ. Espérons que cette nouvelle suite n’échoue pas sur les mêmes écueils.

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A l’heure des revivals et de la nostalgie comme mode de création, Dragon Ball Super échoue encore pour l’instant à trouver une vraie personnalité l’imposant comme une suite logique à DBZ. Avec ces personnages charismatiques et ses combats spectaculaires, l’image est là mais l’esprit peine à suivre. Si la série n’aura aucune peine à trouver son public parmi les fans, elle pourrait être aussi l’occasion d’une rencontre entre cet univers et un nouvelle audience à conquérir. Il ne reste qu’à souhaiter que l’ambition derrière cette série soit plus forte que la simple opportunité de vendre quelques nouveaux produits dérivés.

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