Le Printemps de Téhéran : l’Histoire d’une révolution 2.0

A l’heure où les relations diplomatiques se détendent, et où un nouveau chapitre s’ouvre pour l’Iran, on vous invite à regarder Le Printemps de Téhéran : l’Histoire d’une révolution 2.0, réalisé par Ali Samadi Ahadi, cinéaste exilé en Allemagne.

Ce film, fait dans l’urgence de montrer au monde la tragédie qui se tramait en Iran, est un film de montage. A travers des interviews, des témoignages non officiels publiés sur des blogs, des réseaux sociaux, des séquences d’animation et des images tournées avec des téléphones portables, il retrace de façon chronologique les événements qui précédent et suivent les élections nationales. Entre documentaire et fiction, le film questionne le rôle de ces images, véhiculées par les nouvelles technologies de l’information, qui proposent une alternative aux médias traditionnels devenus les médias de l’oppression.

Le printemps de Téhéran débute ainsi avec l’espoir, l’euphorie des semaines pré‐électorales – le succès du candidat de l’opposition Mir Hossein Moussavi étant indéniablement assuré. Il retrace ensuite la mobilisation spontanée et les révoltes populaires suscitées par la désillusion des Iraniens face à la fraude qui permit au parti conservateur de Mahmoud Ahmadinejad de confisquer le pouvoir et face à la violence de la répression du gouvernement.

A travers Le printemps de Téhéran, Ali Samadi Ahadi a dû inventer une nouvelle forme. Comment faire un film sur ces événements sans aucun matériel visuel objectif disponible ? Sans le droit d’aller tourner en Iran ? Grâce à des centaines de vidéos postées sur internet, Ali Samadi Ahadi a pu suivre cette révolte depuis l’Allemagne. Mais c’est aussi le mouvement même qui induisit ce traitement, s’agissant en effet de la première révolution dont le plus important réseau de communication fut internet.

Les moyens de communications traditionnels étant rapidement contrôlés, les journalistes expulsés du pays, les Iraniens s’improvisèrent reporters. Caméra et téléphone à la main, ils devinrent acteurs et témoins de leur histoire, au péril de leur liberté puisque beaucoup, comme l’un des personnages des séquences animées, furent emprisonnés pour avoir filmé avec leurs téléphones.

Ce qui, en partie, explique l’envergure de cette révolte, ce sont en effet de nouveaux moyens de diffusion d’informations. La contestation passe par les SMS, les réseaux tels Facebook ou Twitter, qui échappent majoritairement à la censure. Ces vidéos, postées par les internautes sur Dailymotion ou Youtube, permettent donc de briser le silence médiatique imposé par le pouvoir. Ce film relève donc d’un important travail d’assemblage : archives télévisuelles, vidéos amateurs tournées avec des téléphones portables, des appareils photos, qui se mélangent avec des interviews, des images animées et les récits de divers blogueurs.

Cette mosaïque offre de multiples regards sur ces événements et donne au spectateur une vision à la fois globale et subjective de ce que l’on nomma la vague verte. Les nombreux textes écrits par des blogueurs Iraniens pendant la révolution de 2009 ont été compilés pour reconstituer cette répression et composent donc la voix off du film. Cette voix-off, tout comme les séquences animées et les interviews, tente de remédier aux lacunes des images d’archives, et fait parler ces images qui ont besoin de commentaires.

L’esthétique des séquences animées, plutôt statique, évoque la bande dessinée animée, et les tons sombres violet et vert de ces séquences donnent au film un langage visuel adéquat. Elles suivent deux étudiants, Azedeh et Keveh, qui se prennent à rêver, à l’approche des élections présidentielles, à un tournant démocratique pour l’Iran. Ces personnages sont donc les témoins de ce soulèvement du peuple. L’un est un jeune homme entraîné dans les manifestations pacifiques, arrêté, jeté en prison et torturé, l’autre est une jeune femme qui travaille pour le parti de l’opposition. Ce sont aussi deux personnages auxquels les spectateurs peuvent s’identifier face à la profusion d’images anonymes.

L’utilisation de ces vidéos, recueillies minutieusement à travers de nombreux blogs d’activistes contestataires, se révèle être l’aspect le plus intéressant et convaincant du film. Ces images, de mauvaise qualité, pixelisées et floues, prises sur le vif, instables, parviennent à transmettre la puissance de cette révolte. Elles paraissent aussi avoir remis en cause le statut du journaliste mais aussi celui du cinéaste. En effet, il semble que le cinéma, à l’image des révolutions 2.0, devient inévitablement plus interactif et participatif.

Si vous avez apprécié ce film, on vous recommande le film israélien d’Ari Folman, sorti en 2008, Valse avec Bachir (disponible en VoD sur Bouygues). Ainsi que le documentaire de Manon Loizeau, Chronique d’un Iran interdit sorti en 2010, dans lequel elle questionne ces images qu’elle qualifie d’« archives immédiates ».

Bon visionnage !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s