Coup de projo sur Heavy Girls, d’Axel Ranisch

Samedi après-midi, je me trouve au Forum des images pour assister à la projection de Heavy Girls (Dicke Mädchen en VO), du réalisateur allemand Axel Ranisch. Le film était présenté dans le cadre de l’Étrange Festival, que nous couvrons toute la semaine, et présenté par nul autre que Benoît Delépine.

Réalisé avec un budget minimal, le film reprend en partie les codes du Dogme 95, ce courant cinématographique ultra épuré imaginé par Lars von Trier et Thomas Vinterberg, prenant le contre-pied d’Hollywood et de sa débauche de moyens. Il rappelle avec plaisir le fantastique Les Idiots, du même Lars. Comme dans ce film, on retrouve avec Heavy Girls une mise en scène sans concession, image froide de qualité médiocre, caméra à l’épaule, jeu des acteurs plus vrai que nature mais totalement déjanté, nudité frontale et abandon dans la folie. Mais contrairement au film de Lars von Trier, Heavy Girls est surprenant de tendresse et bien moins cynique.

C’est histoire d’un homme, Sven, qui vit avec sa mère dans un petit appartement. La vieille dame souffre d’Alzheimer. Elle ne reconnait plus son propre fils et cherche à échapper à la vigilance de Daniel, le garde-malade qui décharge Sven les jours où il doit travailler. Quand la mère meurt, le garde-malade mis à la porte par sa femme se prend d’affection pour le fils désemparé. Or Sven en pince pour Daniel, et une relation ambiguë se noue entre les deux hommes complètement paumés. Avec un minimum de moyens, le réalisateur et les comédiens nous livrent une prestation particulièrement touchante, un film qui n’ennuie jamais en surprenant sans cesse par son rapport au jeu : jeu des hommes avec la malade, jeu des hommes entre eux pour se libérer du deuil et de solitude. Déguisements, spectacles de magie, rituels imaginaires, tout est bon pour échapper à une réalité trop terne. Le spectateur, avec les personnages, embarque dans la folie de ces échappées délirantes. On oublie l’image DV dégueulasse, on s’attache à ces corps disgracieux. Bref, un film qui sort des sentiers battus pour notre plus grand plaisir, touchant mais jamais plombant, et doté d’un humour souvent inattendu et très imaginatif.

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Réalisé en 2011, Heavy Girls est un film hors du temps. Primé au festival Mauvais Genre en 2012, on espère vivement qu’il fera encore parler de lui.

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