Remake, Remix, Rip-Off: About Copy Culture & Turkish Pop Cinema

Remake, Remix, Rip-Off: About Copy Culture & Turkish Pop Cinema, documentaire réalisé par Cem Kaya, est un éloge désopilant de l’art du copiage et de la débrouille. C’est à l’Étrange Festival que j’ai découvert, grâce au minutieux travail de ce spécialiste du found-footage, toute l’extravagance de l’industrie cinématographique turque des années 1960 à 1980 : Yeşilçam.

Durant ces deux décennies, la Turquie était alors le plus gros consommateur de films du monde. Ce documentaire compile images de ces films farfelus et interviews de réalisateurs et acteurs d’une industrie prolifique. Avec plus de 300 films tournés par an et seulement trois scénaristes, on comprend le réalisateur qui avoue peu se soucier du scénario, et affirme que s’il appréciait Pour une poignée de dollars au cinéma la veille d’un tournage, le lendemain il en faisait le remake. Profitant de l’absence de lois protégeant les films, les réalisateurs turcs empruntèrent abondamment à Hollywood scénarios, plans ou bande sonores (on retrouve la bande originale du Parrain ou du Clan des siciliens dans une très grande partie des films turcs de cette époque).

L’histoire du cinéma représente en effet une réserve colossale d’images à emprunter. On ne peut s’empêcher de relier ces pratiques du sampling et du collage que cette industrie a été amené à inventer – forcée à l’économie de la réalisation et à l’exploitation du système D – aux pratiques du remix qui envahissent aujourd’hui Youtube. La ré-interprétation, le remploi, ne sont pas des pratiques nouvelles. The man who saved the world (Dunyayi Kurtara) de Cetin Inanç, plus communément appelé The Turkish Star Wars, achevé en 1982, en est un des exemples les plus fascinants.

Cetin Inanç recrée à l’identique la scène d’ouverture de Star Wars et réutilise même des stock-shots du film. Le réalisateur confesse d’ailleurs que l’équipe avait soudoyé le vigile des studios pour subtiliser les pellicules et en faire des copies avant de les rendre au petit matin. Au delà d’un manque évident de moyens, ces emprunts peuvent aussi être perçus comme de véritable déclarations d’amour (on y compte 19 films différents cités et volés, dont Ben Hur et Flash Gordon, et huit bandes sonores dont le thème musical d’Indiana Jones). Ainsi le film n’est donc plus simplement un remake de Star Wars mais un hommage au cinéma hollywoodien.

Ce manque de moyens a bien évidemment suscité la créativité et l’inventivité des cinéastes. Pour les scènes d’explosions et de cascades, des voiture miniatures font des tonneaux, pour les travelling, des savons cloués aux pieds d’une table font glisser la caméra. Cela a aussi développé l’audace des réalisateurs, qui transgressaient sans limite les règles du cinéma classique, et se permettaient des mélanges que jamais le cinéma hollywoodien n’aurait osé. On découvre ainsi les images de Iron Fist, une combinaison affolante et figée au sol de Superman/Batman/Flash.

Enfin, voici deux autres extraits amusants de remake mâchés par les studios d’Istanbul et à destination du reste de la Turquie qui n’avaient pas accès aux versions originales américaines. Ce courant qui aurait pu être considéré uniquement comme un pillage a finalement été l’un des plus beau ambassadeur de la mythologie du cinéma américain.

 E.T. l’extra-terrestre

 Rocky

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