Sex box : la sexothérapie qui vous met en boîte (NSFW)

Alors qu’il y a quelques mois Gaspar Noé nous en mettait plein la vue avec son sulfureux Love, alors que les 50 nuances du brûlant monsieur Grey continuent d’émoustiller lectrices et lecteurs à travers le monde, on a cru bon chez Spideo Club de mettre la lumière sur Sex Box, bouillonnante émission anglaise abordant de manière frontale et directe la sexualité de ses participants. Et une question nous turlupine particulièrement : peut-on parler de tout à la télévision ? La sexualité peut-elle être une thématique comme une autre ?

Un concept sociologique ?

Exposer ses problèmes sexuels à trois « experts en sexualités », afficher ses désaccords de couples et faire l’amour dans une boîte fermée pendant qu’un public de voyeurs attend en plateau les réactions à chaud, voilà, en gros, le concept de l’émission Sex Box, qui a été diffusé sur Channel 4 en Angleterre et WE TV aux Etats Unis.

bandeau sex box

Officiellement, il ne faut pas y voir un produit d’appel pour téléspectateur en manque mais bel et bien une véritable expérience scientifico-sociologique. En effet, la science a bon dos puisqu’on nous explique que recueillir des impressions « à chaud » serait utile pour les couples candidats : 15 minutes après l’acte sexuel, le corps humain sécréterait un maximum d’endorphines, ce qui permettrait de dévoiler plus facilement ses secrets les plus intimes. Technique d’interrogatoire inédite et surprenante, il n’en reste pas moins que la production met en avant son efficacité : l’émission aurait permis à des participantes de découvrir pour la première fois les joies de l’orgasme et a même abouti à des naissances dans certains cas. Point de mauvais esprit donc, Sex Box ne serait en fait qu’une émission à visée sociologique, montrant des gens comme vous et moi dans ce qu’ils auraient de plus vrai ; une sorte de Toute Une Histoire, les galipettes en plus. Mais est-ce que cette « réalité » sans filtres a été suivie par le téléspectateur ?

Audience, scandales et ennui

Tout porte à croire qu’avec un concept si sulfureux, les résultats d’audience seraient montés en flèche. Il n’en est rien. Si les premiers numéros de la version anglaise et de son adaptation américaine ont su attirer chacun près d’un million de télévores, ces derniers ont vite lâché la télécommande et tourné le dos à cette boîte dont ils ne savaient que faire. Les audiences des épisodes suivants n’ont cessé de chuter au point que la version anglaise n’a pas été renouvelée pour une seconde saison et que son pendant américain a lui été stoppé net au bout de 5 épisodes sur les 9 prévus.

Néanmoins, même si la diffusion a été brève et nocturne, elle a néanmoins laissé le temps aux associations familiales et à quelques journalistes de jeter l’opprobre sur le programme à coups de pétitions et de bons mots. L’organisation Parent Television Council a ainsi recueilli près de 42 000 signatures et le NY Times, jugeant l’ensemble terriblement ennuyeux, a quant à lui publié un papier dans lequel le format était comparé à une mauvaise partie de jambes en l’air.

Et c’est là peut être que le bât blesse. En effet, si un tel programme ne pouvait pas échapper aux effluves de scandale qui seraient de toute manière sorties de son opaque boîte, le vrai problème de Sex Box est que l’on s’ennuie en le regardant. Sur le papier, on pouvait espérer un programme trash et provocateur qui jouerait sur le plaisir coupable du spectateur. Encore une fois, il n’en est rien. Sex Box ne va pas assez au fond des choses pour être une émission à visée sociologique ou éducative et n’en  montre pas assez pour retenir le public en pleine insomnie. Ce n’est donc pas forcément le fait de traiter de sexualité qui explique l’échec du programme mais bien la manière d’en parler. D’autres émissions ont quant à elles réussi à trouver le ton juste pour maintenir des téléspectateurs relativement nombreux derrière leurs écrans et leur faire atteindre le 7ème ciel télévisuel.

Et la température monte…

Certains programmes ont en effet décidé d’assumer et de donner à voir au téléspectateur voyeur ce qu’il était venu chercher. Sex inspectors, par exemple, lancé en 2004 sur Channel 4 mais rediffusé depuis, consiste lui aussi en une thérapie sexuelle pour couple chez qui la frustration sexuelle pourrait mener à la rupture. Sauf que là, il n’y a pas de boîte qui tienne. Des caméras sont d’abord installées chez les sujets de l’expérience afin d’observer leur quotidien et leur vie intime. Evidemment pour s’éloigner du film amateur pour adulte, les producteurs de l’émission tournent les scènes de sexe en caméras thermiques. Une fois la période d’observation terminée, les présentateurs recueillent les impressions et fantasmes des participants, leur donnant des « trucs et astuces » à mettre en pratique afin de redynamiser leur couple et faire rougir de plaisir tous les téléspectateurs qui regardent les masses colorées s’agiter sur leurs écrans. Il fallait oser une telle absence de retenue mais cela semble avoir payé pour la chaîne, qui a vu ses audiences grimper au rideau par rapport à celles réalisées à l’époque sur la même tranche horaire.

Mais emmener le téléspectateur dans la chambre à coucher de ses concitoyens n’est pas le seul moyen de retenir le badaud curieux appâté par la sulfureuse thématique. En effet, d’autres programmes  ont compris que la sexualité pouvait également être un moyen – en dépassant le simple  produit d’appel de la thématique – d’aborder par son prisme bien d’autres sujets sans tomber dans le sensationnalisme.

Plaisirs et évasion

C’est le parti retenu par des séries documentaires de qualité comme Le sexe autour du monde, diffusée en 2011 sur TV5 Monde, et Sex in the world cities, diffusée sur Paris Première, qui ont vu dans la sexualité une porte d’entrée comme une autre pour s’ouvrir à d’autres cultures et découvrir un peu plus le monde qui nous entoure. Véritables immersions parmi des peuples et des coutumes, états des lieux de l’avancée des différents pays traversés sur les questions de l’homosexualité, du droit des femmes, mais aussi sur le rapport à la famille et les aspirations à une modernité parfois en contradiction avec des traditions pluriséculaires. Si ces documentaires parlent de sexualité, ils mettent également en lumière les nombreux enjeux sociologiques et culturels.

le sexe autour du monde

Miroir sociétal

Si le sexe relève bien de l’intime, le rapport que l’on entretient avec sa sexualité (ou d’ailleurs la sexualité en général) peut en dire long sur nous-même. Pas besoin de s’appeler Freud pour savoir que beaucoup de choses se traduisent et se reproduisent dans les plis de nos draps. Certaines émissions ont ainsi décidé de mettre en lumière la vie sexuelle des Français non pas à l’aide de caméras thermiques dévoilant formes et mouvements mais par le simple biais de témoignages direct de gens comme vous et moi. C’est, par exemple, le point de vue choisi par M6 qui a diffusé pour la première fois en 2010 Les Français, l’amour et le sexe. L’émission met en scène plusieurs couples correspondant à différentes tranches d’âge. On y voit simplement des couples, dans lesquels chacun de nous peut se reconnaître, et qui, de chez eux, nous parlent de leur vie sexuelle dans un discours loin de tout formatage. Leurs interventions sont ensuite commentées et développées face à une classe par le sexologue Pascal de Sutter, qui généralise un peu le propos et délivre quelques précieux conseils – avec ce qu’il faut de sobriété et d’humour – pour intéresser et désinhiber son audience. Le succès a tout de suite été au rendez-vous puisque les quatre épisodes qui composaient la première saison ont rassemblé en moyenne entre 2,3 et 2,8 millions de téléspectateurs, avec des parts de marchés générales montant jusqu’à 22,6%.

les françis l'amour et le sexe

Parler de sexe et de sexualité constitue dans tous les cas, ne soyons pas dupe, une chaude tête de gondole sur lesquels les producteurs misent pour fédérer la plus large audience possible. Néanmoins, quels que soient les mots qu’on emploie, parler de sexe ne fait pas tout. En effet, tous les exemples dont nous avons parlé ici montrent bien que l’échec de Sex Box n’est pas dû à son sujet mais bel et bien à la manière dont les producteurs ont choisi d’en parler. Sex Box a voulu jouer sur tous les tableaux à la fois. Soit on se donne les moyens de livrer quelque chose dans un registre sobre ou instructif, soit on choisit de jouer la carte du sensationnalisme. Dans ce cas il faut assumer et donner à son public ce qu’il est venu chercher . Comme on a pu déjà le dire en abordant Adam recherche Eve, la demi-mesure en TV n’a pas que du bon.

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