Notre sélection de la semaine : Much Loved (et quelques autres)

Ce matin, à la première séance des Halles, Nabil Ayouch était là pour présenter son sulfureux Much Loved, qui amorce chez nous sa vie publique et présente une face peu reluisante du Maroc, où l’histoire se déroule et où il a été censuré. On y suit une petite bande de femmes, prostituées et amies, et la vie qu’elles mènent à la nuit tombée pour gagner leur vie.

Qu’on aime ou non le film, impossible de nier qu’il s’agit d’un beau coup de pied dans la fourmilière de tabous d’une société particulièrement hypocrite. Difficile de soutenir la vision de ces femmes qui se vendent et se maltraitent elles-mêmes, qui voient en leur corps une marchandise et endurent toutes les formes de violences, qui en sont réduites à ramper sur le sol pour ramasser des billets avec leur bouche, où à plonger dans une piscine pour ramasser les bijoux que de riches clients Saoudiens y ont jetés. Difficile de ne pas détourner les yeux quand des enfants sont livrés à la prostitution pour satisfaire des touristes Européens sans scrupules, quand les viols se multiplient ainsi que les humiliations, les rabaissements, quand la violence devient l’unique mode de communication. 

Much Loved, sans concession, présente des personnages dans toute leur complexité, sans victimisation ni louanges. Les personnages de femmes eux-mêmes (toutes sont ou ont été prostituées) participent à la dureté de ce système, dont on voit qu’il bénéficie à tous : l’argent sale nourrit les mères, les enfants, et la police bien sûr n’est pas exempte de corruption. Figure centrale de cette peinture d’un Maroc invisible, loin de l’image qu’en ont les touristes et dont elle est le témoin fugace à travers la fenêtre de sa voiture, Noha (Loubna Abidar) est une femme protéiforme, qui change de visage à mesure qu’elle joue de ses atours et qu’elle s’adapte à son environnement. Vulgaire ou sensuelle, féroce ou séductrice, tantôt brutale et tantôt aimante, elle est l’incarnation de cette réalité que le Maroc refuse de voir en censurant le film. C’est donc la moindre des choses que nous n’en détournions pas les yeux.

Recommandé par Jordan, dans un registre plus léger, Marguerite nous plonge dans l’univers fantasque d’une baronne du début du XXème siècle, persuadée d’être une diva alors qu’elle chante incroyablement faux et que personne n’ose le lui dire. En incarnant à merveille ce personnage plein de passions et profondément touchant, nul doute que Catherine Frot s’offre là un rôle qui fera date dans sa carrière.

N.W.A : Straight Outta Compton est un biopic retraçant les débuts de NWA – Niggaz Wit Attitudes – et les succès des pionniers du gangsta rap : Dr. Dre, Eazy-E, Ice Cube, DJ Yella, mais aussi l’éclatement de la bande. Énorme succès aux Etats-Unis, l’intérêt du film réside dans sa dénonciation des violences policières, sujet particulièrement d’actualité et extrêmement important, mais a par ailleurs un peu déçu Léontine, notamment pour la tendance à l’auto-promotion des protagonistes/co-producteurs et l’oubli des violences jadis commises par certains d’entre eux. Reste la puissance de la bande-sonore et des scènes de concert. 

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