Coup de projo : Moon

Drôle de trajectoire pour Duncan Jones, qui comme son père David Bowie fait le grand écart entre Starman et roi des gobelins. Le projet qu’il développe pour 2016 est en effet une adaptation à gros budget des jeux vidéo Warcraft, bien loin de son premier film, Moon, un brillant exemplaire de science-fiction intimiste. Ne regardez pas la bande-annonce ! Il est préférable de ne rien savoir du film avant de le visionner, ou du moins pas grand chose. Comme son nom l’indique, l’action se déroule sur la Lune, où Sam Bell supervise depuis trois ans la production du carburant qui a réglé la crise énergétique de la Terre pour le compte de Lunar Industries. Comme tous ces ouvriers solitaires envoyés aux confins de l’Alaska ou au cœur de l’océan pour surveiller pipelines et autres plateformes pétrolières, Sam a hâte que son contrat s’achève – bientôt ! – pour retrouver sa femme et sa fille, d’autant plus que des soucis techniques ont gêné leurs communications. Sam a donc pour seule compagnie Gerty, le robot de la station qui a la voix de Kevin Spacey.

Être livré à soi-même, seul, dans l’espace, pendant plusieurs années ne constitue pas l’environnement le plus sain ni le plus confortable pour un être humain. Forcément, les événements prennent un tour désagréable pour Sam… Mais bien loin de celui auquel on peut s’attendre. Dès le début, le film impose une ambiance et un rythme particuliers pour mieux faire sentir l’étouffante isolation du personnage principal, tout en insistant sur combien la situation est normale pour lui : c’est son quotidien depuis des centaines de jours, et alors qu’aujourd’hui le projet Mars One se prépare doucement mais sûrement il est plus que jamais vraisemblable. La modernité du décor n’est pas outrée, mais seulement observée avec un détachement qui instille une impression d’étrangeté et de gêne qui ne feront que s’accentuer. De surprise en fascinante circonvolution, le scénario vient déstabiliser le spectateur, déjoue ses attentes, le fait douter de sa propre perception et passer par une gamme d’émotions impressionnante… Et interroge par ailleurs très finement les notions d’identité, d’éthique et d’humanité.

Moon vaut particulièrement la peine d’être vu pour son scénario mais aussi pour la prestation de Sam Rockwell, acteur le plus sous-estimé du 21è siècle, qui est ici seul à l’écran. Il est en tous points parfaits, comme d’habitude, et prouve s’il en était besoin qu’il mérite bien davantage de premiers rôles. Avec un budget limité et un casting qui l’est plus encore, Moon transcende son statut de film mineur et apparaît comme le rejeton fauché mais malin d’un Solaris ou d’un Sunshine. Il n’a pas eu droit en 2009 à une sortie dans les salles françaises mais réussit à faire mieux qu’Oblivion, sorti quatre années plus tard et qui l’a abondamment copié. Je vous conseille donc chaudement de le rattraper en VoD sur Pluzz ou Canalplay.

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