The Dark Knight Rises et les peurs contemporaines

En quoi The Dark Knight Rises (2012) de Christopher Nolan, dernier film de la trilogie initiée par le réalisateur avec Batman Begins (2005) suivie de The Dark Knight (2008) nous révèle-t-il les tendances, à la fois politiciennes et morales, du cinéma hollywoodien ? Retour sur quelques points.

The Dark Knight Rises se construit sur les peurs contemporaines : terrorisme, crise financière, lutte des classes, menace nucléaire. L’implosion du stadium affiche le retour au jeu de cirque, au jeu télévisé pervers imposé par les événements du 11 septembre 2001. L’attaque à la bourse par le méchant Bane évoque la crise des subprimes, à son apogée en 2008, et la disparition de la deuxième banque d’investissement du monde, Lehman Brothers. Ce film marie également le genre du super-héros à celui de la catastrophe, avec la menace de la bombe nucléaire. La peur individuelle se transforme en peur collective, la menace imminente d’une attaque façonne une identité collective face au Mal.the_dark_knight_rises_hd_wallpapers_desktop_backgrounds_latest_2012_bane_wallpapers

Dans ce nouvel opus, le nouveau méchant est Bane, un super-vilain apparu en 1993 dans le comics Knighfall, sous la plume de Chuck Dixon et Doug Moench. Il sera le seul à battre Batman en combat singulier en lui brisant la colonne vertébral, véritable pivot scénaristique repris par Nolan. Dans le film, Bane appartient à la ligue de Ra’s al Ghul, La Ligue des Ombres, une organisation qui reprend les images et les idées d’Al-Qaida en les transposant dans d’autres lieux : le paysage moyen-oriental est remplacé par un paysage asiatique et glacial dans Batman Begins, ou aride dans The Dark Knight Rises. Al-Qaida et La ligue des Ombres partagent cette même mission de purgation envers la société et la culture occidentales dont New York est l’épicentre (Gotham City étant ici la métaphore de la ville qui ne dort jamais).

Avec The Dark Knight Rises, Hollywood confirme le retour à une bipolarisation morale et physique du monde entre le Bien et le Mal alors que l’un des intérêts majeurs de The Dark Knight résidait justement dans l’ambiguïté morale du Joker, du Batman et d’Harvey Dent. Dans The Dark Knight Rises, le Président des Etats-Unis déclare à la télévision : « Nous ne négocions pas avec les terroristes », une redite de George W. Bush après les événements de 2001, confirmant son intention de mener une « guerre contre la terreur ». Mais peut-on réellement faire la guerre au terrorisme quand celui-ci est devenu global, éparpillé dans de multiples territoires ? Avec The Dark Knight Rises, c’est désormais possible : Christopher Nolan change le terrorisme abstrait de The Dark Knight en un personnage concret avec le personnage de Bane. Bane impose le rétablissement à une opposition morale manichéenne et une bipolarisation du monde où le Bien et le Mal existent comme entités corporelles, facilement identifiables et supprimables. Par opposition à ce méchant, Batman redevient glorieux, nécessaire et impose aux ennemis la figure militaire de la démocratie, une ligne politique mise en pratique notamment lors de la guerre en Irak (2003). Bane, en tant que Mal absolu, rend la crédibilité héroïque aux éléments constitutifs du Bien (Batman et la police).

batman-dark-knight-rises-wallpaper

The Dark Knight Rises est-il révélateur du retour à l’arrestation préventive ? Le « Dent Act », la loi Dent qui permet d’emprisonner les criminels sans jugement, n’est pas sans rappeler les emprisonnements préventifs dans Minority Report (2002) de Steven Spielberg, une politique reflétant celle de la guerre préventive en Irak adoptée au même moment par le gouvernement de George W. Bush. A la fin de Minority Report, l’ensemble des personnes arrêtées « préventivement », sans qu’aucun crime ait été commis, étaient relâchées pour manque de preuves. L’histoire continue dans The Dark Knight Rises : les criminels y sont également emprisonnés sans jugement. Est-on passé ainsi, de 2002 à 2012, de la contestation de l’arrestation préventive à l’assertion du « Dent Act » ? Il semblerait que pour Christopher Nolan, l’emprisonnement préventif soit bénéfique à la société, même s’il a été instauré par le mensonge… Un point de vue diamétralement opposé à celui de Spielberg.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s