« What you’re about to see may disturb you »

J’étais enfant et je n’avais jamais fêté Halloween. Je me tenais éloigné autant que possible des goules, sorcières et autres esprits démoniaques. Je me barricadais chez moi en espérant qu’aucun d’eux ne viennent jusqu’à moi réciter leur sinistre rengaine. Et s’ils sonnaient tout de même à ma porte, armés de leurs griffes, de leurs fourches et de leur malfaisance, je ne leur ouvrais pas. J’étais bien trop effrayé pour oser les affronter. Je finissais cependant toujours par m’approcher de l’entrée. Il fallait que j’aille lorgner par le judas ces abominations. Au fond, je ne pouvais pas m’en empêcher. Ils me fascinaient.

Je me rappelle du soir d’un 31 octobre où je n’entendais plus les rires des créatures qui venaient chercher leurs bonbons. J’étais bien trop captivé par Sleepy Hollow que mon père avait loué au vidéoclub et que je regardais d’un œil inquiet. N’étant alors pas habitué aux contes gothiques et macabres, le film me faisait l’effet d’un vrai film d’horreur. Alors quand je suis allé me coucher, marqué par l’arbre des morts, son tronc entortillé autour de mes cauchemars, je revoyais sans cesse le flot de sang qui débordait de ses racines et je voyais, parmi les ombres que les lumières de la nuit découpaient sur les murs de ma chambre, le corps du cavalier, tête tranchée, qui attendait patiemment, son immobilité ne faisant qu’attiser mon effroi. Prenant mon courage à deux mains, je me redressais et fermais le volet afin de combler le vide qui me séparait de l’obscurité totale. Je pouvais alors me perdre à nouveau dans mes draps protecteurs, pas rassuré pour autant mais au moins débarrassé de la silhouette menaçante qui ne pouvait plus nuire.

Si je peux penser à nouveau à ce film aujourd’hui sans éprouver la moindre angoisse, quelques autres séquences continuent à me terroriser autant qu’à ma première vision. Je pense à la scène du dinner de Mulholland Drive, à son récit d’un cauchemar anxiogène, à sa caméra flottante qui cherche une présence hostile, à sa promesse d’une panique soudaine. Je revois un goûter d’anniversaire qui se transforme en vision d’horreur, à des cris d’enfants qui affirment que la chose est là, cachée derrière la haie et à son apparition furtive. Je repense au monstre rouge de la forêt qui épie chaque geste de ceux qui osent traverser les bois interdits et se retrouve au gré d’un panoramique à quelques centimètres des profanateurs, à l’assurance de sa charge prochaine et d’une fuite inéluctable.

Au fond, ce n’est pas le sursaut qui me paralyse car, s’il est toujours brusque, il n’en reste pas moins fugace. C’est plutôt le malaise ambiant que provoque la présence invisible mais certaine d’une chose que l’on sait maléfique mais que l’on veut tout de même voir apparaître, notre répulsion n’ayant d’égale que notre attirance. C’est ce vertige, cet appel du vide, cette peur primale que je recherche encore aujourd’hui. Et quand cet effroi d’enfant enfoui resurgit au détour d’une séquence, je sais qu’il ne me quittera plus, que ces images de cinéma, ces fantômes de lumière me hanteront désormais et me glaceront le sang à la moindre pensée.

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