Les Minikeums : et si les meilleurs animateurs étaient en plastique ?

« Si on a squatté la télévision, c’est pour montrer au monde nos clips et nos chansons ! »

Une phrase, juste une, et nous voilà replongés dans les aventures de Coco, Vaness, Jojo ou même Zaza. Si ces quelques noms vous parlent, il est fort probable que vous ayez grandi dans les années 90 et que le terme Minikeums ait une signification particulière pour vous. Diffusés de 1993 à 2002, au départ simples vignettes entre deux dessins-animés, les Minikeums sont parvenus à marquer les esprits au point d’être devenus cultes pour toute une génération de télévores en herbe.

Comment expliquer que ce spectacle de marionnettes continue à nous marquer plus de dix après ? Une chose est sûre, en pleine période de revival nostalgique sur les chaînes de TV, avec le retour de C’est Mon choix ou de L’Académie des 9, et avec un cruel manque de marionnettes depuis que Les Guignols de l’info n’en finissent plus de se faire attendre, un retour de Coco et compagnie ne manquerait pas de susciter l’événement. Si rien de tel n’est au programme pour le moment, laissons de côté l’actualité pour se faire un peu plaisir et replonger dans l’univers des marionnettes les plus funky du paf. En avant les publicocos !

L’originalité d’une formule pas comme les autres

Les Minikeums, c’est d’abord un pari osé pour se différencier des autres programmes jeunesse. Au début des années 90, une seule chaîne – TF1 – règne sur la programmation pour enfants grâce à son émission phare, Le Club Dorothée. Le concept révolutionne déjà l’animation jeunesse, Dorothée et son équipe assurant non seulement un lancement plateau entre deux dessins animés mais aussi un show complet avec jeux, rubriques éducatives et même chansons. Le passage de plats n’est définitivement plus de mise, l’animation doit se faire événement pour créer la surprise. Face à cette concurrence, France 3 choisit à son tour de bouleverser les codes en donnant naissance à la proposition de deux créateurs pas vraiment novices, Arnold Boiseau et Patrice Levallois, responsables déjà du concept d’une petite émission nommée Les Guignols de l’info.

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Au programme, une revisite du rôle de l’animateur par des marionnettes aux traits proches de célébrités des années 90. Toute ressemblance avec un programme de Canal + est évidemment fortuite… Par ce simple concept, l’émission prend une identité visuelle immédiate qui la démarque de tous les programmes jeunesses existants. Reprenant la formule des Guignols jusqu’à l’imitation avec les voix de jeunes humoristes tels Gérald Dahan ou Sandrine Alexi, ces marionnettes revisitent le rôle de l’animateur-speakerine en créant des personnages dépassant la simple annonce de programmes pour devenir de véritables grands frères et grandes sœurs, conseillant les dessins animés à ne surtout pas louper.

Face à la démarche jeux, culture et éducation du Club Dorothée, les Minikeums font le choix d’affirmer une toute autre identité. Leur créneau ? L’humour avant tout. Si l’émission se montre parfois éducative, ce n’est pas vraiment là qu’elle est attendue. Au fil des saisons, l’émission fonde son identité autour de trois types de créations : les sketchs courts, petits moments d’absurdités joyeuses où les défauts des personnages ne manquent pas d’être mis en avant, les parodies, et enfin les chansons. Entre art du décalage et gentille ironie, les Minikeums ne cultivent peut-être pas les marmots mais ne les considèrent pas non plus comme des idiots. Bref, on est loin de Dora l’exploratrice. Par son humour à plusieurs degrés, l’émission parvient à la fois à s’adresser aux plus petits, qui s’amuseront des grimaces, et aux plus grands, séduits par la justesse des parodies.

Le charisme en plastique ça existe ?

Difficile de ne pas comparer les Minikeums aux Guignols de l’info. L’ADN en commun parait difficile à renier. Le principe de marionnettes adoptant les traits de personnalités connues est repris selon le même principe et la même fabrication, confiée comme pour les Guignols à Alain Duverne. Nuance importante tout de même, les stars sont ici ramenées ici à une dizaine d’années. S’il n’est pas question de se servir de ces caricatures pour proposer la même ironie irrévérencieuse que leurs homologues de Canal, l’image des personnalités va néanmoins servir à la création de personnages hauts en couleurs. L’idée derrière chacune de ces créatures est à la fois de s’approcher de son homologue de chair tout en faisant en même temps du personnage le symbole d’une attitude, d’un trait de caractère devant être clairement identifié par les enfants. On dépasse ainsi la simple caricature pour faire de chaque personnage un archétype, utilisé à loisir dans les sketchs pour ses qualités et ses défauts.

Si les Minikeums tiennent des Guignols, ils ont aussi un léger côté Enfoirés si l’on en juge par la belle brochette de stars croqués par l’émission. Au menu, on retrouve ainsi Coco alias Antoine de Caunes, râleur, capricieux et même méchant à ses heures, qui constitue à la fois le rôle de chef de bande et de vilain attitré de toutes les parodies de contes et légendes. On retrouve également Vaness alias Vanessa Paradis, symbole de la petite princesse coquette et charmeuse, Nag’ pour Nagui le gaffeur, M’sé pour MC Solaar, rebelle et bon copain par excellence, Jojo alias Johnny Hallyday, séducteur et héros à tout faire, Zaza pour la chanteuse Elza, modèle de douceur et de candeur, Nanar pour Bernard Pivot, intellectuel du groupe, ou encore Josy pour Josianne Balasko, l’énergique écolo toujours prête à militer envers et contre tout. La liste n’est pas exhaustive, certains personnages sont apparus en cours de route, d’autres ont perdus en importance au fil des saisons, mais le joyeux gloubiboulga de caractères forts en gueules est toujours resté. Ce qui frappe devant cette liste de personnages, c’est leur côté multigénérationnel. Même en 1993, difficile de voir en Bernard Pivot, alors animateur de Bouillon de Culture, une véritable star des jeunes. Pour les parents par contre, le procédé leur permet d’avoir une vraie accessibilité aux émissions de leurs bambins. Peu importe que les enfants reconnaissent Antoine de Caunes en Coco, les parents eux feront cette identification et pourraient ainsi s’intéresser aux aventures de la joyeuse troupe. De là à dire que les Minikeums permettraient de faciliter le dialogue parents-enfants, ce serait aller un peu vite en besogne, mais une chose est sûre : les Minikeums n’ont eu de cesse de cultiver une image familiale et pas strictement réservée aux plus jeunes.

Si l’on comparait plus haut les Minikeums aux Enfoirés, force est de constater que ce n’est pas que la logique de stars qui crée la ressemblance. On retrouve aussi une dynamique de troupe proche de celle de l’émission des Restos du cœur, de celle d’une comédie musicale ou même d’une troupe théâtrale. La bande se décline à toutes les sauces et ne cesse de se réinventer dans les mises en scènes les plus variées. Quelle que soit l’histoire présentée, quel que soit le sketch, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression de voir un spectacle préparé par des amis que l’on connait bien. Une sorte de suite de spectacles de fin d’années mis au point par nos grands frères préférés. En tant que spectateurs, on se sent un peu partie prenante de la troupe. Plus encore que pour le Club Dorothée, l’identification est immédiate. Quoi qu’on en dise, le lien de proximité avec les Musclés reste très différent de la relation presque affective que l’on peut ressentir pour les Minikeums. Bref, on peut être fans d’un personnage en plastique et même ressentir de l’émotion pour des animateurs plus charismatiques que certains présentateurs de chair et d’os. Qui a dit que la fiction dépassait parfois le réel ?

Rire et chansons : un ton qui détonne

Si les Minikeums sont à ce point restés dans nos mémoires c’est peut-être en grande partie grâce à l’inventivité de leurs créateurs. Pendant l’heure de gloire de l’émission, jusqu’au début des années 2000, les rubriques n’ont eu de cesse de s’étoffer. D’un simple habillage, les Minikeums sont parvenus à se développer jusqu’à la création de véritables mini-films, les Cinékeums, parodies de contes, de films et même de séries télévisées.

A la sauce marionnettes, les contes et légendes prennent ainsi les noms évocateurs de Blanche-Vaness et les sept petits keums ou de Cendrillon au pays des keums tandis que les films deviennent La GueGuerre de l’espace ou encore Docteur Cokyll et Mister Cokyde. Qu’ils fassent l’actualité ou qu’ils soient des œuvres du patrimoine, tout est bon pour la parodie. Adoptant un ton décalé et même parfois complètement déjanté, toutes les œuvres sont réécrites avec un esprit gentiment moqueur pour faire redécouvrir les classiques aux enfants sous un œil radicalement nouveau.

Le monde de la télévision n’a pas échappé non plus à l’inventivité des créateurs des Minikeums. Sous leur joyeuse plume, C’est pas Sorcier devient Les Doigts dans le nez et Amour ,Gloire et beauté se mue en Amour, Passion et Mal de mer. Même une œuvre aussi peu enfantine que X-Files bénéficiera de sa version humoristique made in Minikeums. L’émission s’ancre dans son temps en réagissant aux phénomènes télévisuels de son époque, comme Les Inconnus ou plus près de nous Le Palmashow ont pu le faire pour une audience plus adulte. Une fois encore, les enfants ne sont pas la dernière roue du carrosse, ils bénéficient du même soin d’écriture que leurs parents avec bien évidemment un niveau d’humour adapté. On sort du vase clos des programmes jeunesses pour obtenir un vrai regard sur le monde des plus grands.

Parmi les phénomènes qui ont fait le succès des Minikeums, on ne peut oublier ses parties chantées. Face aux chansons humoristiques de Dorothée et aux bleuettes sentimentales d’Hélène Rollès et compagnie, Les Minikeums opposent le joyeux défouloir et le détournement ironique. Parmi les succès on peut citer Les Concernés, chanson engagée sur l’affreuse expérience du manque de papier aux WC, et bien sûr le tube numéro 1 des marionnettes, Ma Melissa. Disque d’or en 1997 excusez du peu, la chanson, satire de la vogue 90s des boys bands, propose un degré d’ironie assez inhabituelle pour une chanson pour enfants. Le parallèle avec Les Guignols de l’info n’a jamais été aussi proche. A côté des expérimentations ironiques et décalées, Les Minikeums font parfois aussi leur devoir citoyen en chantant des chansons qui sensibilisent à l’écologie (L’eau, le feu, le vent), au racisme (Black, Blanc, Beur) et même au tabagisme (Sois Hip Sois Hop). Mission de service public peut être mais inventivité encore et toujours pour des chansons qui font leur devoir d’éducation sans prendre la forme d’un dictat moralisateur.

A hauteur d’enfant et visant en même temps un peu plus loin, le ton des Minikeums a montré en son temps qu’une vraie ambition était possible dans l’animation de programmes jeunesse. Si tous les sketchs ne volaient pas non plus toujours très haut, ils nous ont en tout cas permis en tant qu’enfants de comprendre que le monde des plus grands n’était pas si méchant. Voilà peut-être là la modernité de nos marionnettes préférées. Si les Minikeums ont touché toute une génération c’est grâce à cette richesse qui leur a permis de s’adresser à nous en culottes courtes et de rester amusant près de 20 ans plus tard.

Si vous aussi vous êtes nostalgiques de Coco, M’sé et consorts et que les quelques vidéos de cet article n’ont pas suffi à éponger votre soif de marionnettes, je ne peux que vous conseiller d’aller faire un tour sur Minikeums-TV. Croyez moi, vous redécouvrirez sûrement vous aussi quelques sketchs trop vite oubliés.

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