Bridalplasty : quand le mariage passe sur le billard

La télévision a beau nous habituer à tout, elle arrive pourtant toujours à nous surprendre. Le trash télévisuel ne semble parfois pas avoir de limites. Bridalplasty en est une des (trop ?) nombreuses preuves.

Concept et audience

Prenez douze femmes complexées et tout juste fiancées, promettez-leur le physique d’Heidi Klum et le mariage de Kim Kardashian, et vous obtenez  Bridalplasty, un show « à l’américaine » dans lequel les participantes s’affrontent autour d’épreuves plus abaissantes les unes que les autres pour gagner en cours de route piqûres de botox et autres rhinoplasties. Et pour l’heureuse élue : le mariage bling-bling de ses rêves.

bannière birdalplasty

Non vous n’avez pas basculé dans une dimension parallèle infernale. E ! a bien diffusé, entre novembre 2010 et janvier 2011; un programme dans lequel les participantes, confrontées à une photo de leur corps imparfait, ont dû par-dessus celle-ci reconstituer tel un puzzle le corps idéal qu’elle sont censées atteindre, en remportant toutes les épreuves – et les opérations de chirurgie esthétique qui vont avec chaque victoire. Les dix premières à finir ce « ludique puzzle » avaient le droit de se saisir d’une des dix seringues de botox disposées sur la table à côté et d’aller directement la donner à l’un des chirurgiens de l’émission.

Dans Bridalplasty, une victoire à une épreuve intermédiaire vaut une opération de la « wishlist » des candidates et la victoire finale est synonyme du mariage de leur rêve ainsi que du restant des opérations non réalisées en cours de route.

Heureusement, une fois l’effet de curiosité lié à la diffusion du premier épisode passée (900 000 curieux tout de même), l’audience n’a fait que s’effriter, tombant à 600 000 lors de la dernière diffusion. Les contestations de journalistes et de téléspectateurs outragés (combinées à des audiences relativement faibles pour la tranche horaire) ont eu le scalp de l’émission. Bridalplasty n’a connu qu’une seule saison.

Un rapport malsain et banalisé

Ce qu’illustre plus que tout cette téléréalité, c’est avant tout une totale banalisation de la chirurgie esthétique. Avec Bridalplasty, le coup de bistouri s’assume et se revendique. Là où les concours télévisuels d’apprentis mannequins avait fait du corps un moyen de parvenir à ses fins, ce type d’émission franchit un nouveau palier et fait du physique un enjeu.

Si cette téléréalité a défrayé la chronique lors de sa diffusion, elle n’est pourtant pas la première à montrer à l’écran des candidat(e)s aspirant à passer entre les mains de chirurgiens esthétiques hollywoodiens. Extreme Makeover (Relooking extrême, diffusée en France sur W9), avait déjà avant notre programme fait de la chirurgie esthétique l’objet des convoitises et le sujet même de l’émission.

En effet, dans Extreme makeover, les participant(e)s, terriblement mal dans leur peau à cause de leur physique, se voient offrir une correction chirurgicale de leur défauts et un relooking esthétique afin de pouvoir prendre un nouveau départ. Tout est montré ou presque dans cette émission, des rendez-vous préparant les opérations au charcutage lui-même (âmes sensibles s’abstenir). Ce sont en général les proches qui font la surprise aux participants de les inscrire à l’émission, et ce sont les mêmes proches qui à la fin du programme accueillent dans des effusions de larmes et d’accolades le ou la participant(e), littéralement plastifié(e) mais heureux(se).

Même si ce programme semble être celui qui a ouvert les vannes du botox et des liposuccions télévisuelles, Bridalplasty a bel et bien franchi un cap dans la banalisation de la chose. En effet, il ne s’agit plus avec ce programme de cas extrêmes et désespérés, on y parle uniquement de personnes comme il en existe des millions d’autres, certes loin du physique de Cindy Crawford ou Giselle Bündchen, mais loin très loin des cas d’urgences esthétiques souvent retenus pour Extreme Makeover. De plus – autre différence majeure entre les deux émissions – Bridalplasty rajoute une dimension de compétition et donc de rivalité entre les participantes, là où Extreme Makeover, en suivant uniquement la renaissance plastique de ses participant(e)s, tombe moins dans le côté téléréalité mais se rapproche plus d’un genre quasi documentaire.

image Bridalplasty

Que le public français se rassure un peu, même si Relooking extrême est diffusé en France sur W9, il y a peu de chances que l’on franchisse une marche supplémentaire de notre côté de l’Atlantique (du moins sur les chaînes de la TNT).  En France, certains pare-feux tiennent encore malgré tout et les chaînes historiques semblent plus enclines à diffuser des programmes comme Belle toute nue (M6) que des compétitions de boucheries soit disant esthétiques. Dans Belle toute nue par exemple, les participantes sont des femmes en surpoids, mal dans leur peau, qu’un coach/styliste va aider à mieux se sentir dans leurs vies et à accepter leur corps tel qu’il est. Comme le dit si bien Amel Bent : « Moi j’ai des formes et des rondeurs, ça sert à réchauffer les cœurs ».

image belle toute nue

Le mariage, une compétition comme une autre ?

Là n’est pas le seul point de débat qui a accompagné la diffusion de Bridalplasty. Un autre défaut du programme selon ses détracteurs, c’est de faire du mariage un terrain d’affrontement et un potentiel gain pour les participantes. La téléréalité a même dû édulcorer son propos initial lors des éliminations tant il a pu outrer bon nombres de téléspectateurs. Lors du premier épisode, au moment de l’élimination, il était dit à la candidate qui quittait le programme « Vous allez toujours vous marier mais votre mariage ne sera juste pas parfait ». Boum !

Il y a une certaine violence à mettre en compétition des futures mariées, à faire du mariage un lieu d’affrontement, un ring télévisuel dans lequel il y a forcément, au bout du compte, des gagnantes et des perdantes. Bien que les participantes soient consentantes et sachent dans quoi elles s’engagent en s’inscrivant au programme, le mariage peut-il être une téléréalité comme une autre ?

Bridalplasty, malgré les polémiques qui ont accompagné la diffusion, n’est pourtant pas le seul programme à faire de cet événement le cœur même de l’objet télévisuel. Bridezillas, My Fair Wedding, Say yes to the dress ou encore, pour citer un programme français, 4 mariages pour une lune de miel, ont précédé ou se sont engouffrés dans la brèche ouverte par la téléréalité chirurgico-maritale. Mais le ton et le propos ne sont pas exactement les mêmes dans chacun de ces programmes que dans Bridalplasty. Et c’est là que le bât blesse.

La télévision, c’est, finalement, comme le mariage : souvent pour le meilleur mais aussi de temps en temps pour le pire.

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