Sex Sent Me to the ER : sexe et bistouri

Un film nous a un jour appris que la vie était comme une boite de chocolats, on ne sait jamais vraiment sur quoi l’on va tomber. L’indexation de programmes TV ressemble un peu à cette histoire. Que nous analysions des docus, des séries ou des télé-réalités pour mieux vous les recommander, rares sont les moments où l’on choisira ce qui nous tombera sur le nez. De la dernière Palme d’or au plus obscur reportage sur la pêche à la palourde, tout doit être indexé avec la même acuité. Si l’on rencontre parfois quelques chefs d’oeuvre et quelques surprenantes curiosités, ce que l’on attend tous c’est la perle, l’absurde concept totalement barré qui illuminera notre journée. Masochisme ou totale perte de goût ?Une chose est sûre : l’une de nos dernières merveilles en date mérite bien un examen plus approfondi.

Ça vous grattouille ou ça vous chatouille ?

Sex Sent Me to the ER (le sexe m’a conduit aux urgences pour les non-anglophones) fait partie de ces émissions improbables que l’on n’oserait à peine imaginer dans nos rêves les plus alcoolisées. Le concept ? Nous inviter à pénétrer la porte de derrière des urgences, loin des petits bobos et autres brûlures domestiques pour découvrir un univers où les quilles ne servent pas qu’au bowling. Un brin racoleur comme principe, mais après tout la chaîne d’origine du programme, TLC, n’en est pas à son premier coup d’essai en la matière. Si The Learning Channel a pu présenter pendant un temps une ligne éditoriale éducative et culturelle, voilà belle lurette que les sirènes de la télé-réalité, boostées il faut le dire par de très bonnes audiences, ont détourné la chaîne de sa vocation de départ. Bye bye les documentaires sur la formation des étoiles et bonjour aux immersions chez les mormons, aux émissions de déco et autres merveilles telle l’infernale Honey Boo Boo. Autre temps, autre mœurs sans doute.

L’émission s’inscrit dans le prolongement d’une mode devenue un quasi genre à part entière : le programme médical. Que l’on suive l’action de médecins et infirmières en pleine situation d’urgences digne de la série du même nom dans Shock Trauma ou le travail de sages femmes accompagnant un heureux événement dans Baby Boom, le milieu hospitalier sous toutes ses formes s’avère plutôt tendance. Il faut dire que niveau action et suspense l’hôpital se prête extrêmement bien au médium télévisuel. Plus encore que dans les émissions d’immersion dans la police, les cliniques et hôpitaux offrent un renouveau constant avec des problématiques uniques pour chaque patient.

Sex Sent Me to the ER joue complètement sur la corde de l’inattendu avec ses patients pas comme les autres. Plus encore que le travail des médecins, ce qui nous intéresse ici c’est le « comment c’est arrivé », avec en prime la détresse du patient bien incommodé en plein hôpital. Évidemment, si vous cherchiez un documentaire d’investigation sur la chirurgie pénienne vous pouvez tranquillement passer votre chemin, l’intérêt n’est pas là. Par contre si vous vous étiez toujours demandé comment on pouvait se retrouver avec un lézard dans le popotin, alors vous risquez de trouver votre bonheur. Qu’importe la science quand on a le divertissement ? Tel semble être le message de cette émission, croisant intérêt pour le monde médical et esprit de cour de récréation. C’est très trivial mais ce vieux réflexe de “ouh la vache regardez moi ce qu’elle fait avec sa courge” a beau être bête à manger du foin il peut aussi faire vendre. Pour Sex Sent Me to the ER en tout cas, la recette du succès passe aussi par là.

Flesh for fantasy

Chaque numéro de Sex Sent Me to the ER reprend le même principe. Trois couples témoignent de leurs mésaventures de galipettes face caméra, tandis que des comédiens plus ou moins compétents s’efforcent de donner corps et vigueur à leurs histoires. On saluera au passage la force du casting parvenant presque toujours à trouver des acteurs ressemblant quasi parfaitement à leurs homologues réels pour les reconstitutions. Toute l’originalité du programme repose sur le fait de montrer l’avant et l’après de l’accident malencontreux. L’émission prend ainsi des allures de petit manuel du sexe pour les nuls ou de kamasutra inversé regroupant toutes les fausses bonnes idées à éviter.

Petit florilège des thématiques enfiévrées : comment faire les fous dans la boue peut vous donner la diarrhée, comment allumer un briquet devant les poils pubiens de son mari peut conduire au brasier, pourquoi prendre son pied pendant une invasion de zombies peut vous provoquer une fracture du nez, ou encore attention à Médor, tout n’est pas bon à mâcher. Bref, sans mauvais jeu de mots il y a boire et à manger mais en tout cas les curiosités les plus diverses pourront être pleinement comblées. On espère juste que toutes ces expériences ne donneront pas à certains l’envie d’essayer.

Derrière l’aspect jupons fripons, le programme cultive aussi une caractéristique plus surprenante qui lui permet de ne pas être qu’un inventaire à la Prévert des MST et autres ruptures péniennes en chaîne. Sex Sent Me to the ER parvient souvent à être tout simplement drôle. Avec sa mise en scène de scripted reality digne du Jour où tout a basculé relevé par une tendance scabreuse lorgnant gentiment sur le soft porn à deux sous, on ne peut pas vraiment prendre l’émission au sérieux. Certes on peut compatir avec Mr et Mme Michu et leur problème de perceuse, mais il faudra clairement se pincer bien fort pour essuyer une larme. Personne ne sortira grandi de l’expérience, mais si vous avez à la fois des pulsions de curiosité malsaines et de vous moquer de quelqu’un, alors là jackpot ce programme sera assurément votre dada.

Loin des yeux, loin du cœur

Avec tant de qualités pour elle, comment se peut-il que Sex Sent Me to the ER soit toujours inédit en France ? Contrairement aux idées reçues il faut bien admettre qu’entre les paysages audiovisuels français et américains subsistent toujours de vraies différences de lignes éditoriales, voire même de vraies différences culturelles.

Discovery Fit & Health

Si les programmes ayant pour sujet médecins et hôpitaux constituent ici aussi une tendance, il semble que les problématiques ne soient pas vraiment traitées de la même manière. Si au pays de Britney Spears la mode est plutôt dans l’immersion sensationnaliste cédant volontiers aux plans gore de salles d’opérations comme dans Shock Trauma ou au trash le plus obscur comme dans Skin Tight émission ayant pour principe d’exhiber les corps abîmés d’obèses avec une crudité confinant à la gratuité pure. En France, les programmes médicaux ressemblent beaucoup plus à des documentaires informatifs qu’à une télé-réalité trash et bas de plafond. Baby Boom sur TF1 montre avec force tendresse et pudeur les salles d’accouchement et les personnes qui y travaillent. Sur France 5, Allô docteurs, outre les blagues pince sans rire de Michel Cimes, incarne la médecine sur la chaîne par le biais de la pédagogie et de l’information. Si quelques docu d’immersion vont parfois un peu plus loin dans la curiosité, il semble malgré tout que la médecine reste un terrain sur lequel on ne plaisante pas à la télévision française. Au contraire même, ce type de programmes semble beaucoup plus s’inscrire dans une dimension informative, voire même éducative, que comme quelque chose relevant du divertissement pur et dur. Niveau fou rire, mieux vaut se tourner vers la fiction, quelques valeurs sûres comme H fonctionneront toujours mieux qu’un colloque sur la prostate.

Quant au sexe, mieux vaut se rendre à l’évidence, la France se révèle plutôt prude sur les mélanges entre divertissement et moments coquins. On note quelques exceptions comme le très classe Poker chez la voisine, mais dans l’ensemble on peinera à trouver les exemples d’émissions vraiment sexualisées sur notre TNT. Le câble et le satellite n’auront d’ailleurs pas grand chose à proposer de plus si ce n’est quelques excursions dans des clubs libertins dans Paris Dernière ou l’exploration de territoires inconnus dans Sex in the World Cities. Souvent critiquée pour ses débordements trash, la télévision française se révèle finalement étonnamment sérieuse dans son approche du sexe comme de la santé. Le divertissement pour le divertissement ne semble pas avoir totalement gagné, dommage pour les amateurs de découvertes et de bricolage en chambres à coucher, il faudra encore patienter.

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