Redneck TV : bienvenue en Amérique profonde

L’indexation, c’est comme un voyage, de ceux qu’on organise sans vraiment savoir où l’on va, mais avec l’espoir d’être agréablement surpris. Mon dernier trip en tant qu’indexateur avait pour cadre les États-Unis : un documentaire sur le Grand Canyon par-ci, une émission sur les primaires par-là, et voilà que je me fais entraîner hors des sentiers battus pour chasser le raton-laveur avec Billy the Exterminator, traquer les ennemis de l’Amérique avec Dog the Bounty Hunter et m’enfiler quelques rasades de tord-boyau avec Marvin « Popcorn » Sutton. L’ivresse de la découverte passée, je me renseigne : ces trois phénomènes ne sont pas des cas isolés. Ils font partie d’un mouvement télévisuel aujourd’hui bien installé en Amérique : la Redneck TV. Traduction : « la télévision de péquenauds ».

Rendons ici hommage aux Américains qui n’hésitent pas à appeler un chat un chat. Quand les producteurs français parlent de 4 Mariages pour une Lune de Miel, leurs amis d’outre-Atlantique choisissent d’intituler leur émission My Big Fat Redneck Wedding. Littéralement : Mon bon gros mariage de plouc… On appelle ça le tact. Ce genre de programmes ne manque évidemment pas d’attiser les critiques, à l’heure où 45 millions d’Américains vivent sous le seuil de pauvreté, et où l’aspect malsain et voyeuriste de certains contenus soulève quelques questions. Mais la Redneck TV cartonne. Inaugurée en 2009 avec Toddlers & Tiaras et 16 & pregnant, le principe connaît son envol en 2012, avec le dérangeant Honey Boo-Boo (un Little Miss Sunshine un peu moins tendre), My Big Fat Redneck Wedding et surtout les champions toutes catégories confondues de Duck Dynasty, chasseurs de canards devenus richissimes après la commercialisation d’appeaux à oiseaux, et régulièrement suivis par 12 millions de personnes.

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Duck Dynasty ou les poids lourds de la Redneck TV

Cette attirance pour le redneck ou le hillbilly est une spécificité bien américaine. Avant la téléréalité, c’est au cinéma que ces derniers se sont illustrés, avec Ma et Pa Kettle d’abord, famille fictionnelle de campagnards devenue star dans les années 50 (avec pas moins de 10 films au compteur) puis avec les Berverly Hillbillies, série lancée en 1962 et consacrée par un long-métrage trente ans plus tard. Le pitch : une famille de rednecks découvre un puit de pétrole dans son jardin. Devenus millionnaires, ils débarquent dans les quartiers chics de Beverly Hills. Éreintée par la critique, la fine équipe devient cependant l’une des plus suivies de l’histoire de la télévision américaine. Les Tuche avant l’heure.

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Les rednecks débarquent à Beverly Hills et vous disent bonjour

Si le concept du hillbilly/redneck est un succès aux États-Unis, au point de faire l’objet d’études pointues, c’est qu’il résonne, chez eux, de manière bien différente que dans d’autres pays où le terme n’englobe pas les mêmes enjeux. A la fois symbole de dérision sociale mais aussi de fierté, le redneck fait battre le cœur des Américains. Caractérisé et stigmatisé par l’opinion publique comme pauvre (le terme de white trash revient souvent), grossier, culturellement en retard et un poil violent, le redneck est aussi, pour les Américains, le gardien intangible des valeurs traditionnelles comme la famille, la maison, la religion, la production, le travail physique… Il est un vecteur de nostalgie : libéré des contraintes contemporaines, il rappelle les pioneer roots de l’Amérique. Ajoutez à cela, pour certaines téléréalités du genre, un savant dosage de success story (le fameux mythe du self-made man), et vous commencerez à saisir le tableau. Si la tambouille vous tente, voici une petite anthologie forcément très subjective des pépites de la Redneck TV, pour votre futur voyage dans le fin fond des Etats-Unis.

Duck Dynasty : Canard, shotgun et religion

Localisation : Louisiane

Ne ratez pas les stars incontestables du genre : les barbus de Duck Dynasty. Émission de téléréalité la plus regardée sur le câble de l’histoire de la télévision américaine, DD suit la vie d’une joyeuse famille américaine de Louisiane que l’on confondrait presque avec les ZZ Top si ses membres n’étaient pas aussi souvent occupés à tirer, en treillis militaires, sur les canards de la brousse environnante. Pas de violence gratuite cependant. La famille Robertson et son patriarche Phil sont des fervents pratiquants, et vous accueilleront avec plaisir autour de la table familiale (sauf si vous êtes homosexuels, si l’on en croit les dernières déclarations de ce briseur d’ambiance de Phil).

Dans le même genre, on vous recommande aussi : Les chasseuses de cochons sauvages de Lady Hoggers ou les traqueurs de crocos de Swamp People, à ne pas confondre avec leurs concurrents de Gator Boys.

Turtleman : Le cowboy des marécages

Localisation : Kentucky

Une légende. Comme son nom l’indique, Turtleman (Ernie Brown Jr.) s’est fait une spécialité de la chasse de bestioles à carapace (mais pas que). Si son passe-temps vous laisse de marbre, ne rebroussez pas si vite chemin. Car le show vaut surtout pour sa star, véritable cowboy des marais qui ramasse les tortues comme d’autres cueillent des fleurs. Et si vous cherchez à améliorer votre compréhension de l’anglais, Turtleman présente la dernière étape de votre formation : une fois son accent assimilé, vous serez imbattable.

Dans le même genre, on vous recommande aussi : Mudcats, où l’on apprend que la musculation peut aider pour la pêche, Hillbilly Handfisghing ou encore Beasts of the Bayou, où le brochet a laissé sa place au loup-garou (oui, oui).

Dog the Bounty Hunter : La loi, la famille et la fonte

Localisation : Hawaï et Colorado

Prenez Philippe Lucas, troquez son slip de bain pour une étoile de shérif, ajoutez-y un goût vestimentaire douteux et un certain penchant pour tabasser tout ce qui bouge (avec une préférence pour les minorités ethniques) et vous obtenez Dog The Bounty Hunter, le chasseur de prime qui aime traquer ses proies en famille. Heureusement, The Dog n’est pas que violence, mais est aussi amour. Si vous êtes pris en chasse par le phénomène, quelques larmes bien placées pourront faire chavirer son grand cœur de papa-poule. Il sera peut-être plus difficile de berner Beth Chapman, alias Dog’s wife, qui manie aussi bien la joute verbale que le gaz lacrymo.

Dans le même genre, on vous recommande aussi : Rocky Moutain Bounty Hunters (si vous préférez la violence en montagne), Bounty Hunting Competition

Black Gold : Désert, pétrole et castagne

Localisation : Texas

Pour rester dans la continuité de ce poète de The Dog, partons rejoindre les travailleurs texans d’un puits d’exploitation de pétrole. Dur labeur, amitié virile et danger mécanique sont au programme de la virée. Mais Black Gold s’inscrit surtout dans la droite lignée des émissions qui tirent leur intérêt de l’esprit bagarreur de ses protagonistes. Pause-déj’, réunion d’équipe et after-work finissent toujours en castagne. Alors si vous aimez la bagarre, vous allez être conquis.

Dans le même genre, on vous recommande aussi : les gros nerveux de Lizard Lick Towing qui, quand ils ne se tapent pas dessus, sévissent dans le remorquage de voitures. Pour les pacifistes qui ne s’intéresseraient qu’à l’aspect « travail » du show, embarquez avec les bûcherons d’Ax Men.

Moonshiners : Tord-boyau, tord-boyau et tord-boyau

Localisation : Caroline du Sud, Tennessee, Virginie

C’est dans le fin fond des Appalaches que les moonshiners sévissent. Leur activité ? La confection d’alcool de contrebande, distillé en pleine forêt dans des cuves rouillées par l’humidité. Si vous passez dans le coin, refusez gentiment la gorgée de l’amitié, ou gardez-en un peu sous le coude pour déboucher n’importe quoi. Souvent remise en question pour la véracité des faits représentés, Moonshiners n’en reste pas moins très attachant, notamment en fin d’épisode, lorsque Jim Tom et ses amis ont quelques choppes dans le nez.

Dans le même genre, on vous recommande aussi : dans un cadre naturel similaire, vous trouverez votre bonheur avec les Appalachian Outlaws. Et si vous souhaitez rallier des contrées plus glacées, faites un tour du côté des Alaskan Bush People.

Wrestling with Death : Pompes funèbres et WWE

Localisation : Arkansas

Si vous aimez Six Feet Under et que vous avez pleuré devant The Wrestler, cette téléréalité est faite pour vous. Vous y suivrez une famille de croque-morts qui pimente ses soirées en s’adonnant aux plaisirs du catch. Si vous montez sur le ring, méfiez-vous des apparences, car chez les Latham, même le gamin (surnommé Mad Max) se débrouille.

Dans le même genre, on vous recommande aussi : Game of Arms, qui vous entraînera dans l’univers des compétitions de bras-de-fer. Pour les affrontements homme-animal, rabattez-vous sur Man vs. Beast. Et si vous souhaitez rester dans le catch, faites vous plaisir avec Tough Enough, le loft pour apprentis Undertaker.

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Billy vous dit à bientôt

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