La télévision au Japon, un monde à part

On ne le répétera jamais assez : indexer des programmes TV implique de se détacher au maximum de ses goûts et jugements personnels. L’objectivité est Graal en notre demeure ! Pour autant, touts chevaliers du petit écran que nous sommes, nous n’en restons pas moins des téléspectateurs comme les autres. Et il faut bien reconnaître qu’il nous arrive de commenter, de nous interroger… voire même de nous moquer gentiment. Shame on us! En la matière, la télé japonaise offre régulièrement à nos zappings (et donc aux discussions autour de la machine à café) des séquences d’anthologie. Petit tour d’horizon du pire du petit écran au pays du soleil levant. Le PAJ (paysage audiovisuel japonais) : un PAF comme les autres ?

Des colosses télévisuels au pied d’argile ?

Au Japon – comme en France d’ailleurs – une poignée de grandes chaînes se partagent une grande majorité de l’audience. Chacune ayant sa ligne éditoriale ou ses programmes phares pour se distinguer : NHK est ainsi, par son caractère public, l’équivalent de notre France Télévision, tandis que TV Asahi peut se vanter d’être la chaîne historique des animes cultes Sailor Moon ou encore Les chevaliers du Zodiaque, mais aussi de diffuser quotidiennement – depuis 1979 ! – l’anime Doraemon (peu de programmes dans le monde peuvent se vanter d’une telle longévité) ; Nipon television (NTV) est une des grandes chaînes généralistes, tandis que TV Tokyo n’est pas en reste en matière d’animes cultes puisque la chaîne a entre autres dans ses filets Naruto, Pokémon ou encore Bleach. Si Fuji TV peut elle aussi se targuer de diffuser du lourd (Dragon ball, One piece ou encore Astro boy), sa principale caractéristique éditoriale est surtout de donner dans le fait divers sensationnaliste. Ses détracteurs vont même jusqu’à dire que la chaîne chercherait à faire monter le vote conservateur. Enfin, il nous faut citer, Wow wow, sorte de Canal + à la sauce nipponne sur laquelle on trouve, outre des animes, quelques séries étrangères comme South Park ou les Simpsons. Et le simple fait de diffuser des productions étrangères constitue bien un marqueur éditorial pour la chaîne, tant la TV japonaise a pour caractéristique de diffuser presque exclusivement des productions nationales.

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Comme l’énumération de ces chaînes importantes le laisse entendre, l’anime règne en maître au Japon. Mais il n’est pas pour autant le seul format dominant : talk-show, jeux TV, soap, programmes sportifs (du baseball et du sumo principalement)  et aussi et de façon très importante des programmes culinaires se partagent la vedette. Le Japon n’ayant pas de structure de régulation similaire au CSA français, il n’est pas rare de voir fleurir des jeux ou talk-show où la femme est réduite à l’objet de fantasme (nous y reviendrons un peu plus loin) passé la première partie de soirée,

La publicité et le régionalisme sont deux autres marqueurs forts des petits écrans du soleil levant. En effet, près de 30 % du temps d’antenne en moyenne est consacré aux réclames (près de 20 min sur une heure de programme !) et là encore l’absence de contrôle se fait sentir puisque alcool et centres de chirurgies esthétiques squattent les écrans entre deux pubs de bouffe. Il est important d’avoir en tête que des déclinaisons régionales de chaînes sont monnaie courante et qu’il n’est pas rare que des franchises ne soient lancées que dans une province du pays.

Le paysage audiovisuel japonais a donc ses particularismes et occupe une place importante dans la société niponne. Importance néanmoins fragilisée ces dernières années. En effet, si le temps moyen passé par les Français devant leur poste ne cesse d’augmenter, l’audience générale du média au Japon va plutôt dans le sens inverse. Il n’est plus si rare en 2016 que les 6 ou 10 chaînes principales du pays passent en dessous des 10 % de parts de marché en prime time. La faute à la multiplication des chaînes mais aussi au développement de nouvelles pratiques de loisirs : selon certains journalistes, le triomphe commercial de la console WII ne serait pas étranger à cet effritement. Effritement à nuancer néanmoins puisque la consommation mobile n’est pas prise en compte dans les mesures officielles d’audience, et il ne serait pas étonnant que celle-ci soit forte dans un pays qui a pour habitude d’avoir toujours un coup d’avance technologiquement.

Machisme et humiliation, quand la télé vire au n’importe quoi

La télévision japonaise est célèbre en dehors de ses frontières pour diffuser des jeux reposant sur des défis loufoques et/ou salaces sans limite. Tout semble possible et imaginable en la matière. Comme si une société aussi encadrée et organisée ressentait le besoin de vivre par la télévision toute la folie que son organisation sociale (et sociétale) lui interdit. Comme si l’écran était un défouloir permettant aux Japonais de se libérer. La télévision au Japon serait alors presque d’utilité publique et ce décalage savamment orchestré.

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Cette idée est bien illustrée par le décalage entre la désinhibition sexuelle montrée à l’écran dans certains programmes et la manière dont la sexualité est vécue ou ressentie par les jeunes Japonais. En effet, un sondage de la Japan Family Planning Association a récemment révélé que 50% des jeunes Japonais ne font pas l’amour, que 25% des jeunes hommes de 25 à 29 ans jugent leur vie sexuelle ennuyeuse et que 30% parmi les 75% restants n’ont jamais eu de rapport sexuel. On est donc bien loin de l’image des jeunes hommes qui, en toute décontraction, se font masturber en direct lors d’un karaoké télévisuel géant (voire plus bas).

Toutefois, dans ce joyeux et paradoxal n’importe quoi, quelques marqueurs se distinguent de façon récurrente : la réduction de la femme à un simple objet de désir et le spectacle de l’humiliation d’autrui. Les jeux ou talk-shows nocturnes offrent donc régulièrement aux téléspectateurs nippons des séquences mémorables, comme ce programme montrant des candidats en slip qui se font insuffler de l’air dans le rectum avant de s’affronter au bras de fer (le premier des deux qui pète perdant la partie).

Ou encore : un jeu où les candidats doivent glisser sur une toile savonnée pour passer sous les jupes de plusieurs femmes déguisées en soubrette et ayant un fragment de code inscrit sur leurs culottes (code que le candidat doit reconstituer à la fin), un autre où les participants s’allongent sur une table en plein milieu d’une bibliothèque publique et subissent des actes de maltraitance (baffes ou insectes glissés sous le t-shirt), ou bien un  karaoké masturbatoire où les participants doivent aller au bout de leur chanson avant que la femme cachée derrière un drap blanc ne finisse son œuvre (le plan final sur le sol taché étant du meilleur gout).
Le tout évidemment avec présence d’un public en plateau. Sans la foule ce serait moins drôle.

On peut aussi voir des hommes tenter de réciter une phrase apprise par cœur et à la moindre erreur se faire pulvériser les roupettes par une latte de bois.

Un autre où des hommes s’affrontent autour de défis loufoques et humiliants dans le seul but de déshabiller une femme.

Bref, les exemples ne manquent pas.

Si en général la télé d’un pays est le reflet de ses téléspectateurs, l’équation n’est peut-être pas si simple au Japon. En effet, la télé y est à la fois le reflet du conservatisme et du machisme inhérent à sa société et un média permettant d’expier toute la folie et la violence que le quadrillage de l’organisation sociale les empêche d’exprimer ailleurs. Une fois passée notre indignation face à certains spectacles, tout cela ouvre en fait la question de l’essence du média télévision… vaste sujet sur lequel on vous laisse méditer un peu tandis qu’on retourne à nos indexations !

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