La télé sans péridurale : ça fait mal

La TV nous offre souvent des plongées dans l’intimité des gens qu’elle filme. C’est même parfois un de ses fonds de commerce. En tant qu’indexateurs, on a donc parfois le sentiment de vivre plusieurs vies en une seule journée. Les émissions comme Tellement vrai, Confessions intimes, C’est mon choix, Enquête d’action ou Toute une histoire nous offrent sur un plateau l’occasion de nous immiscer dans d’autres existences.

Cette médiatisation de l’intime revient parfois à souiller les jardins les plus secrets des participants. Ainsi, pour ne citer qu’elles, Labor Games, Born in the Wild ou encore Baby Boom donnent à voir l’origine du monde – et de la vie – sous toutes ses coutures. A un cordon (ombilical) du dégoût ? Tour d’horizon de cette télé qui ne fournit malheureusement pas de péridurale à ses téléspectateurs.

Labor Games

Après avoir testé le programme en début d’été, TLC, chaîne américaine, lançait en septembre 2015 ce jeu TV d’un nouveau genre. Labor Games ne ressemble en effet à aucun autre programme, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, s’il s’agit bien de questions de culture générale, le plateau s’est changé en salle d’accouchement et la participante est à quelques minutes de la délivrance. Mais là n’est pas la seule originalité de Labor Games : les millions remportés à la clé sont troqués pour des années de couches culottes, des dizaines de rendez-vous chez le pédiatre ou encore, prix ultime, une bourse d’étude pour ce nourrisson qui, avant même sa naissance, est déjà envoyé à l’université.

Est-il vraiment raisonnable d’imposer à une mère s’apprêtant à transmettre la vie la présence de caméras ? Le stress que les questions peuvent engendrer sur les participant est-il vraiment sans danger ? Les producteurs se défendent évidemment de toute prise de risque en prenant en compte des avis médicaux dans le choix des participantes.

Born in the wild

Dans la même veine mais en bien pire, j’appelle à la barre Born in the wild. En effet, ce programme s’est donné pour mission de faire vivre à ses participantes des accouchements en pleine nature sans assistance médicale… mais avec bien sûr une équipe de tournage autour. Au « promenons-nous dans les bois » des comptines de notre enfance, la chaîne Lifetime a substitué un dangereux « accouchons dans les bois ».

En effet, même si le choix des participantes n’est évidemment pas laissé au hasard – elles doivent avoir déjà eu des enfants et passer une batterie de tests de santé au préalable – le problème d’un tel programme est qu’il fait croire aux téléspectatrices non averties que l’on peut presque se passer de la médecine. C’est en tout cas l’argument soulevé contre le programme par de nombreux médecins : lancés dans une course au sensationnalisme et au concept le plus WTF possible, les producteurs semblent avoir oublié que si l’accouchement est évidemment un phénomène naturel, il n’en reste pas moins que de nombreuses femmes en sont mortes par le passé quand nos sociétés ne disposaient pas de la science moderne. Pourtant, le « retour à l’état de nature » semble parfois avoir le vent en poupe si l’on se fie à la vidéo virale d’accouchement qui a inspiré le programme (et qui a été vue plus de 20 millions de fois).

Baby Boom

Dernière émission à passer aujourd’hui à la barre des accusés, Baby boom est une téléréalité estampillée TF1, diffusée aussi bien sur la première chaîne que sur sa petite sœur NT1. Pour l’occasion, les 40 caméras de Shine et de TF1 production se sont installées dans une maternité (celle de Poissy à l’origine) et donnent à voir aux téléspectateurs à la fois le quotidien du personnel hospitalier dévoué à sa cause mais aussi celui des patientes, depuis leur installation pré-accouchement jusqu’à la sortie de l’enfant encore recouvert de liquide amniotique.

Force est de constater que cette réalité sans fards semble avoir son public, puisque toutes les saisons rassemblent en moyenne environ 2 millions de curieux par épisode, mais surtout une part d’audience proche de 23% au général, et encore plus élevée sur la si précieuse cible des responsables des achats.

Il faut néanmoins reconnaître que, si les critiques de voyeurisme restent valable ici, et si certaines images restent peu supportables, le programme a su néanmoins apporter ce petit truc en plus qui le distingue de Labor Games ou Born in the wild. En effet, cette « réalité télévisuelle » revêt une dimension quasi sociétale dans son approche, dimension sociétale qui, il est vrai, attire également un tout autre public. Les intentions ne sont donc, sans doute, pas totalement les mêmes. On y voit un service hospitalier s’organiser, on assiste aux émotions ressenties par un personnel médical tout entier dédié à sa cause. On les voit échanger en salle de repos, parfois gérer des cas plus sensibles comme des naissances sous X, bref, ce programme dit quelque chose de notre société, quelque chose en plus du voyeurisme grandissant qui le caractérise aussi par ailleurs.

Dans le même entre deux, je pourrais également citer En immersion dans une maternité, diffusée récemment sur M6 et clairement inspirée de Baby Boom, ou encore 4 bébés par seconde, diffusée sur NT1, qui montre comment la maternité et l’accouchement sont appréhendés aux quatre coins du globe. Les exemples ne manquent donc pas et on pourrait se demander si cette thématique n’est pas (malheureusement) le « new black » de nos petits écrans. Si tel devait être le cas, il ne nous reste plus qu’à espérer que la France saura limiter le sensationnalisme, et à zapper quand cette plongée dans l’intime sera trop dérangeante.

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