Coup de projo sur Muse Of Fire

Dan Poole et Giles Terera sont deux amis d’enfance qui, comme la plupart des jeunes Anglais, ont étudié Shakespeare à l’école. Les pièces de ce grand poète – dont on célèbre cette année les 400 ans de la disparition – ne leur ont pas laissé un souvenir heureux, mais la sortie du film de Baz Luhrmann Roméo + Juliette en 1996 va les faire changer d’avis sur Shakespeare et les aider à trouver leur voie : Dan et Giles deviendront acteurs. De leur amitié, de leur passion et de leurs interrogations est né Muse Of Fire.

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Acte 1 : Shakespeare fait peur, pourquoi ?

De Londres aux collines d’Hollywood en passant par le Danemark, nos deux acolytes ont cherché à comprendre pourquoi les œuvres de Shakespeare étaient peu appréciées. Hamlet, Othello, Le Songe d’une nuit d’été, nous les connaissons toutes, mais nous sommes peu nombreux à nous laisser tenter par leur lecture ou leur interprétation. Qu’il s’agisse d’anonymes ou d’acteurs célèbres, chacun reconnaît appréhender l’auteur britannique. Le fait de savoir que des comédiens renommés, tels que Ian McKellen ou Judi Dench, confirment la difficulté de comprendre et de jouer cet auteur, rassure.

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Tout au long du documentaire, le constat est quasi-unanime : Shakespeare n’est pas la tasse de thé de tout le monde. La question est maintenant de savoir comment y remédier. C’est là l’initiative de Dan Poole et Giles Terera, pour lesquels Shakespeare n’est pas un auteur insurmontable. Après tout, ses histoires tragiques ou comiques sont toutes plus ou moins construites autour des mêmes thématiques : jalousie, vengeance, défaut de la nature humaine… Ce ne sont pas ces dernières qui font preuve de complexité, mais la forme sous laquelle elles sont délivrées. Comme le dit Harold Bloom, critique littéraire, professeur et grand amateur de Shakespeare, il existe dans l’oeuvre du poète Anglais « une centaine de personnages principaux et un milliers de personnages secondaires, s’exprimant chacun à leur manière ».

Acte 2 : Dépoussiérer Shakespeare

Jouer des pièces écrites il y a  plus de 400 ans avec une syntaxe vieillotte, truffée d’expressions désuètes, est un vrai challenge ; Jude Law, Rory Kinnear et bien d’autres ne s’en cachent pas. Pour les comédiens, au-delà du respect du texte, il faut donner envie au public de s’y intéresser, et chercher à transmettre les bonnes émotions. Une tâche un peu compliquée lorsque l’audience part avec de nombreux a priori. Se pose alors la question de l’éducation : plutôt que d’imposer des textes indigestes aux jeunes générations, programme scolaire oblige, ne faudrait-il pas les sensibiliser dès leur plus jeune âge au théâtre shakespearien ? Muse Of Fire ne s’attarde pas trop sur ce point mais ses auteurs font un détour obligé par le Shakespeare’s Globe Theatre, où l’on peut voir que des ateliers sont mis en place pour sensibiliser les plus jeunes. 

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L’ultime rencontre de Muse Of Fire est celle des réalisateurs avec leur idole, Baz Luhrmann, celui grâce auquel leur aventure a commencé. Ce dernier, qui a su moderniser Roméo et Juliette, se déclare convaincu que le cinéma peut être un bon moyen de donner à Shakespeare une image plus sympathique, la nouvelle génération étant plus sensible à l’image qu’au texte. On ne saurait le contredire ! Joss Whedon s’y est essayé en 2012, avec une nouvelle adaptation de Beaucoup de bruit pour rien : film dans lequel le texte était identique à celui de la pièce mais développé dans un cadre contemporain. Le pari était osé, le résultat plus proche d’un film indépendant que du blockbuster de Luhrmann, mais on peut saluer la tentative du réalisateur de vouloir amener le théâtre à l’écran sans pour autant dénaturer la pièce. Et qui sait, peut-être ce type d’initiative transformera-t-il les spectateurs en lecteurs…

Acte 3 : « O for a Muse of fire » (Henri V, Prologue, 1–4) 

Parce qu’ils ont fait de la scène leur vocation, parce que Shakespeare est un dramaturge incontournable, Dan Poole et Giles Terera se sont fixés l’objectif de démystifier ce monument de la littérature anglaise en partant à la rencontre de ceux et celles qui y ont été confrontés. Y sont-ils arrivés en 60 minutes ? En partie. D’interviews en interviews, d’anecdotes en anecdotes, Shakespeare ne fait plus peur. La convivialité des entrevues et l’enthousiasme des deux documentaristes nous amènent à revoir notre vision du personnage. Le mythe est démystifié, on découvre même de nouveaux mots (pentamètre iambique) et on n’en fait pas tout un drame. Les deux compères parviennent même à nous faire envisager que Shakespeare est cool. Leur détermination sans faille nous incite à les suivre, même si on se demande quand même comment ils ont réussi à obtenir l’attention de tout ce beau monde.

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Muse Of Fire pose un regard nouveau sur « The Bard » (William Shakespeare), avec un constat simple mais une démarche non dénuée d’intérêt. On vous invite à aller voir les quelques 80 interviews réalisées dans le cadre de ce documentaire (toutes n’ont pas été diffusées) et qui sont disponibles ici, ainsi que la suite intitulée Shakespeare in Practice: Muse of Fire, qui nous emmène au cœur d’une compagnie de théâtre.

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