Avec de l’alcool (et des drogues) la télé est-elle plus folle ?

Si l’on n’indexe pas (encore) un verre à la main, la télé, elle, parfois, ne se gêne pas pour faire boire ceux qui la hantent. En effet, que le but affiché soit scientifique ou simplement divertissant, et alors que la cigarette elle-même reste persona non grata, quelques émissions ont fait de leur fonds de commerce le niveau d’alcoolémie ou de « défonce » de leurs participants.

C’est (évidemment) des Pays-Bas que nous vient le concept le plus déluré en la matière puisque Spuiten en slikken donne littéralement à voir des séquences dans lesquelles les journalistes testent en direct certaines drogues et autres substances. Le Québec a lui aussi pris le parti de faire de l’ébriété un objet télévisuel comme un autre : avec Recettes pompettes,  les téléspectateurs québécois s’amusent à voir leurs stars préférées enchaîner les shots de vodka, le tout en tentant de préparer une recette de cuisine. Mais la France n’est pas en reste en la matière puisque dans Alcootest, France 4 a fait boire en direct des jeunes afin de tester leurs limites et réactions ; de plus Recettes Pompettes a aussi débarqué dans une version française (produite par Canal + pour YouTube).

 Drôle ou choquant ? Instructif ou sensationnaliste ? Le débat fait rage parmi les téléspectateurs et commentateurs. Tour d’horizon de ces émissions qui font parler (et boire).

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Spuiten en slikken

Si l’on traduisait en français le titre de ce programme, cela donnerait « se piquer et avaler ». Point de surprise donc quant au contenu de ce programme néerlandais diffusé le dimanche soir en seconde partie de soirée depuis 2005 sur BNN, chaîne publique à destination des jeunes adultes : dans Spuiten en slikken, les journalistes testent lors de reportages hauts en couleur diverses substances illicites afin de voir en direct les effets que celles-ci leur procurent. En somme, du journalisme gonzo remis au goût du jour, rien de nouveau depuis Hunter S. Thompson ! Evidemment, histoire de se dédouaner de toute pulsion sensationnaliste, le ou la journaliste a droit à quelques check-up médicaux en cours d’expérience et surtout, un écran qui énumère les problèmes de santé qu’encourent les consommateurs de chacune de ces drogues est régulièrement affiché en cours de reportage. La chaîne hollandaise est même allée plus loin en affirmant que ce programme était (presque) d’utilité publique : il n’est en théorie plus nécessaire pour les jeunes d’essayer toutes ces drogues, puisque les journalistes les testent pour eux…

Plus sérieusement (ou pas), l’émission ne se limite pas à ces joyeux reportages puisqu’une partie du programme se déroule en plateau et en public, et se penche cette fois-ci sur la thématique de la sexualité. Le titre du programme « Se piquer et avaler » conserve-t-il alors tout son sens ? Ce n’est pas à nous de le dire mais toujours est-il que les journalistes expérimentent cette fois-ci certaines pratiques ou fantasmes sexuels en direct ou en reportage. Cette partie de l’émission a donc donné lieu à des tutos de bondage en plateau, à des suçages d’orteils et fantasmes fétichistes en direct ou au retour d’expérience du journaliste qui pour préparer l’émission avait plongé (la tête la première ?) dans une orgie dantesque. Spuiten en slikken fait également parfois bénéficier ses téléspectateurs de vidéos de démonstration pratique de première nécessité, comme lorsqu’elle délivre quelques clés pour lutter contre les odeurs vaginales ; le tout entremêlé de discussions en plateau avec des invités (sexologues, médecins ou personnalités).

 

Vous l’avez compris, une telle émission a de quoi dérouter les (prudes) téléspectateurs français que nous sommes et il semble inconcevable en France, pour des raisons légales et pénales, de voir un jour un journaliste tester en direct diverses drogues… En effet, les hollandais ont une politique assez différente et plus « souple » que nous en matière de substances illicites.

Aux Pays-Bas, outre la consommation de cannabis au sein des fameux coffeshops, il est également légal de posséder de la drogue tant que celle-ci ne sert qu’à sa consommation personnelle. Le régime pénal néerlandais concentre ses efforts en la matière sur la répression du trafic : c’est l’ « Opium act » de 1915, modifié en 1928, qui fait figure de texte fondateur. Cette politique de tolérance n’a pour autant pas entraîné une surconsommation de substances. Si 15,6% des hollandais de 12 ans et plus ont déjà consommé du cannabis et si 2,1% ont déjà essayé la cocaïne, ils sont respectivement 32,5% et 10,5% à avoir fait de même aux USA.

De plus, les Pays-Bas ne semblent pas avoir la même politique de contrôle des programmes diffusés que celle mise en œuvre par le CSA et le ministère de la santé en France.  Il n’y a qu’à voir les injonctions faites par les collaborateurs de Marisol Touraine quand le programme Recettes Pompettes  a été adapté en France et diffusé sur Youtube.

Recettes pompettes

Recettes pompettes  c’est quoi ? Un animateur (Eric Salvail au Québec et Monsieur Poulpe en France) qui reçoit dans sa cuisine un invité (Stéphane Bern pour le premier numéro français) pour lui faire réaliser une recette, mais pas version Maïté dans sa Cuisine des mousquetaires, plus version Paris Dernière dans l’idée. Autrement dit, Bern et Monsieur Poulpe ont ponctué la réalisation d’un guacamole par plus de 10 shots de vodka pure. Le résultat ? Des séquences mémorables, des fous rires, un invité et un présentateur dont l’état évolue visiblement au cours de l’émission et… un guacamole qui ne remportera pas Top Chef il est vrai.  Bref rien de méchant en somme !

Toujours est-il que l’émission s’est attiré en France les foudres du ministère qui lui a reproché d’inciter à la consommation d’alcool… Les jeunes (et moins jeunes) ont-ils besoin de cela pour boire le vendredi soir venu ? Le débat est ouvert, et a eu pour effet de mettre la lumière sur ce programme. Polémique oblige, c’est en effet pas moins de 1,4 millions de personnes qui ont visionné l’épisode avec Bern et pas moins de 1 million qui ont déjà regardé le second avec Antoine De Caunes. Recettes pompettes est donc partie pour avoir le même parcours que son modèle du Québec où chaque épisode réunit entre 600 et 650 000 téléspectateurs en moyenne et où surtout, le présentateur a remporté en 2015 le pris Artis du meilleur animateur d’émission de divertissement et le prix Zapette d’or du meilleur éclat de rire en 2016. Le concept, tiré de vidéos amateurs sur YouTube, rencontre invariablement beaucoup de succès.

Alcootest

En octobre 2014, le service public français, par l’intermédiaire de France 4, a lui aussi essayé (sobrement) de s’engouffrer dans la thématique. Avec Alcootest, le but affiché était clairement pédagogique. Faire prendre conscience aux jeunes des changements que provoquent dans nos corps et nos cerveaux les verres que certains ont tendance a enchaîner une fois le week end arrivé. Présentée par Olivier Delacroix et produite par Reservoir Prod, l’émission a donc fait boire plusieurs jeunes afin notamment de leur démontrer que, bourrés, on avait tendance à se laisser plus facilement séduire par quelqu’un. Utile ? Pas certain. Inutile ? Pas forcément non plus… Il n’en reste pas moins que l’émission a suscité l’indignation de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie sans pour autant, cette fois, que le buzz médiatique autour du (sage) concept se traduise dans les audiences (environ 210 000 personnes on assisté à cette ébriété filmée).

Si le succès n’est donc pas systématiquement au rendez-vous, la TV, dans le but de s’adresser à un jeune public surement, semble de moins à moins frileuse quand il s’agit de traiter de la thématique et de montrer à l’écran, dans la limite de ce que les lois autorisent, des participants ivres ou sur le point de le devenir… Incitation à boire ou programmes divertissants, le débat reste ouvert. Allez, tchin !

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