J’irai dormir chez vous VS Nus et culottés : le duel des globetrotter

Envie de changer d’air, d’évasion et de nouvelles rencontres ? Vous avez frappé à la bonne porte. Aujourd’hui au programme il va être question de voyages, de dépaysement et de nouveaux horizons, avec un duel opposant un trio d’explorateurs pas tout à fait comme les autres. A ma gauche, chemise rouge et sac à dos noir, le backpacker de l’impossible, le défricheur de l’inconnu, Antoine de Maximy ! A ma droite, vêtus de manière totalement impudique, l’équipée sauvage, le tandem des va nus pieds, Guillaume « Mouts » Mouton et Nans Thomassey ! Allez hop, sac à dos en bandoulière et en voiture Simone, qui de nos voyageurs de grands chemins nous donnera-t-il le plus l’envie de nous évader ?

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Round 1 : Réinventer le docu de découverte

Si vous n’avez jamais vu un épisode de J’irai dormir chez vous ou de Nus et culottés, ne partez pas pour autant. Si vous êtes amateurs d’inventivité et de balades sortant des sentiers battus, vous pourriez bien être comblés, car avec Antoine, Nans et Mouts, le voyage n’a rien d’organisé. À bas les autocars et les excursions planifiées, ici on sait à la rigueur d’où l’on part et parfois où l’on se rend mais le reste n’est affaire que de découverte. C’est là la première originalité de ces deux programmes : pas de recette à suivre à la lettre mais une ouverture à tout ce qui peut arriver, y compris et surtout l’imprévisible.

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Qu’est-ce qui différencie J’irai dormir chez vous d’un épisode d’Echappées Belles ou de n’importe quel autre documentaire de voyage ? Peut être juste une idée toute simple : nous faire partager l’expérience d’une aventure comme si nous y étions. Réaliser seul, sans équipe, une sorte de carnet de voyages revisité où les épreuves rencontrées, les galères et les bonnes rencontres sont autant le sujet du doc que les coutumes locales. Le petit plus qui fait tout : le projet de se mettre soi-même en scène.

Une caméra sur l’épaule filmant ce qu’il voit, une mobile pour nous ramener de belles cartes postales et enfin une caméra sur tige pour se filmer lui-même, voilà tout l’attirail d’Antoine de Maximy. Grâce à cette petite astuce d’image qui nous permet de voir à la fois ce qui est vu par le reporter et comment il y réagit, le documentariste se transforme lui-même en personnage de son film. Une innovation pas banale qui vient casser la distance filmé – filmant et qui en plus se paye le luxe de nous impliquer dans son parcours. Dans les galères de compréhension des langues, dans les échanges maladroits et spontanés, on peut se projeter à la place d’Antoine, on peut imaginer comment nous-mêmes réagirions si nous étions confrontés aux mêmes situations. On quitte le point de vue classique du documentaire de découverte pour entrer quasiment dans un lien affectif avec quelqu’un que l’on prend plaisir à suivre d’aventures en aventures. Un peu comme un ami qui nous inviterait à découvrir ses galères, ou comme un personnage de fiction qui nous permettrait de découvrir de nouvelles cultures entre deux éclats de rire.

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Avec Nus et culottés, on retrouve un peu la même démarche. Nans et Mouts filment eux aussi leur voyage avec le moins de moyens possible. Tant mieux, c’est justement tout le sens de leur démarche : prouver que l’on peut accomplir beaucoup avec finalement presque rien. Le duo de voyageurs ne peut compter que sur une chose, la solidarité de ceux qui croiseront leur chemin. Partant totalement nus depuis l’orée d’une forêt ou le cœur d’un champ, il leur faudra au moins toute la bonté du monde pour parvenir à leurs objectifs, que ce soit la quête d’un druide breton, la recherche d’un ours sauvage dans les Pyrénées ou encore la découverte de pépites d’or en Suisse. Pour documenter leur parcours haut en couleurs les deux garçons utilisent un équipement très proche de celui d’Antoine de Maximy. Trois petites caméras, une filmant ce qu’ils voient, une pour prendre un peu de recul et enfin une dernière les filmant eux-mêmes depuis un petit baluchon. La recette est la même, voire un brin améliorée. Le baluchon c’est tout de même beaucoup plus seyant qu’une vulgaire tige en métal.

Rien de surprenant à ce que les dispositifs soient similaires, après tout nos trois explorateurs ont en commun la même société de production, Bonne Pioche. Dans une interview réalisée par notre collègue Agathe en 2013, Mouts déclarait d’ailleurs que le rôle de défricheur de de Maximy avait pu jouer un certain rôle non dans leur conception du voyage mais tout simplement dans la possibilité qu’ils puissent le concrétiser. « L’idée de partir à poil, sans argent et sans expérience n’aurait jamais pu être accepté s’il n’y avait pas eu le travail d’Antoine avant, à travers son documentaire incarné où il se filme lui-même. Antoine a mis très longtemps avant de décider tout le monde de le suivre et de se mouiller dans cette aventure. C’est à cet endroit qu’on lui doit une fière chandelle. »

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Grande différence tout de même entre les deux : l’un est solitaire tandis que les autres forment un inséparable duo. Détail qui change tout puisque le rapport au spectateur s’en trouve pas mal modifié. Si chez Antoine le rôle de relais opère très facilement, chez Nans et Mouts on assiste avant tout au voyage d’un duo de potes. Si l’on se trouve en adéquation avec l’esprit du tandem tant mieux mais sinon cette petite différence peut créer une légère distance.

Vainqueur : Avantage au pionnier pour cette première manche ! La personnalisation du voyage n’est pas une marque déposée mais il faut bien rendre à De Maximy l’honneur d’être le premier Géo Trouvetou du docu incarné. Le mieux dans cette histoire, c’est que sa démarche semble avoir ouvert de nouvelles opportunités pour toute une génération de découvreurs en herbe. Et ça forcément, on achète !

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Round 2 : Les explorateurs de l’inconnu

Si l’on en vient à comparer le nombre de visas sur le passeport ou de bornes franchies, forcément les 47 numéros et 2 longs métrages côté J’irai dormir chez vous commencent à peser lourd dans la balance face aux 16 numéros des petits frères de Nus et culottés. Antoine de Maximy n’est pas un vétéran pour rien, il en a déroulé du rouleau de pellicule ! Mais derrière les chiffres, il y a quelque chose à considérer qui sera sans doute plus intéressant que quelques milliers de km parcourus : deux philosophies de voyages pas tout à fait opposées mais tout de même bien différentes.

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Dans J’irai dormir chez vous, derrière la quête d’un toit pour dormir chaque nuit il y a une découverte de nouveaux horizons, l’exploration de pays plus ou moins connus dans lesquels le voyageur va à la rencontre de modes de vies, de traditions ou d’individus très différents les uns des autres. Avec ce voyageur, on assiste à la constitution d’une sorte de panorama d’un monde pluriel, parfois difficile voire divisé mais qui en tout cas montre l’humain sous tous ses visages et toutes ses particularités. De Maximy ne cherche pas à embellir la vie, il la montre telle qu’il la rencontre. De la situation des quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans jusqu’aux passionnés de Métal finlandais, les sujets s’offrent à lui dans toute leur diversité. La démarche n’est pas celle de la carte postale, mais au contraire de montrer ce qui peut se cacher derrière les aspects touristiques d’un pays. Passer par les chemins de traverse, rencontrer d’autres visions d’un pays que celle véhiculée par les tour operator. En un mot, tenter de percevoir la vérité d’un territoire.

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Pour Nus et culottés, le voyage n’est pas tant le moyen que le sujet du film. Passés maîtres dans l’art de l’auto stop, Nans et Mouts font de la route l’un des personnages principaux de leur voyage. L’important ce n’est plus là où on va mais comment on va y aller et surtout qui l’on va rencontrer sur le chemin. Toujours pour reprendre les mots de Mouts en 2013, « Lui [Antoine de Maximy NDLR] est plus dans le backpacking en voyage à l’étranger, avec un choc culturel, une barrière de la langue alors que nous, on est plutôt dans le local, à la recherche de la chaleur humaine. On avait envie de découvrir ce que c’est de voyager sans argent, de gagner la confiance des gens ». Le sujet de Nus et culottés est avant tout l’humain. Guillaume Mouton et Nans Thomassey n’ont pas pour ambition de tracer le portrait d’un pays ou de nous faire découvrir un peuple, ce qui les intéresse c’est de montrer une autre vision de l’humanité, un portrait positif d’une société où l’on peut aussi s’entraider, partager et aller à la rencontre les uns des autres. Une sorte de vision inversée de tout ce que l’on peut montrer dans les journaux télévisés emplis de drames, d’accidents ou de violence. Nans et Mouts assument peut-être un point de vue un brin idéaliste sur le monde, avec un montage qui fait la part belle à la poésie de moments d’entraides plus que des galères mais au final leurs films leur donnent raison, l’entraide peut aider à avancer, beaucoup peut être accompli dès lors que l’on s’ouvre à l’autre.

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Avec une démarche qui pouvait à première vue avoir l’air très similaire, J’irai dormir chez vous et Nus et culottés sont parvenus à nous emmener dans des voyages totalement différents et impossible à départager, les deux méritant amplement d’être entrepris. Une chose est sûre, la générosité des guides ne manque pas dans les deux cas.

Vainqueur : Égalité pour cette manche ! Etre un explorateur de l’inconnu c’est peut-être tout simplement faire naître un regard différent sur le monde pour nos trois globe-trotters. Loin de se marcher sur les plate-bandes, leurs démarches pourraient bien se compléter. Entre curiosité et espoir, voilà de quoi reprendre un peu foi en l’humanité.

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Round 3 : Les plus belles rencontres

Si le dispositif léger a bien un avantage en tournage pour nos aventuriers, c’est sans doute celui de favoriser les rencontres. Qu’ils soient vêtus de varech ou ressemblant à l’inspecteur Gadget avec leurs caméras télescopiques, les trois hommes ont en commun d’éveiller plus souvent chez autrui la curiosité que la méfiance. Hurluberlus le nez au vent désireux de communiquer avec n’importe qui, ils font déjà figure d’extraterrestres quelle que soit la communauté qu’ils traversent. Des côtes bretonnes jusqu’aux banlieues de Rio, l’impression est souvent la même : qu’est-ce que c’est que ces drôles de zèbres qui essaient de socialiser ?  Fruit du hasard, le temps d’une rencontre peut être aussi le moment où un documentaire bascule en devenant tout simplement inoubliable.

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L’échange, c’est toute l’essence de Nus et culottés. C’est le sens du projet de Mouts et Nans, partir à la rencontre de l’inconnu pour créer quelque chose ensemble. Souvent cette rencontre prend la forme d’un bout de route partagé, d’une discussion autour d’un comptoir ou d’un verre échangé. Mais parfois, quelque chose qui ressemble beaucoup à un début d’amitié semble apparaître au détour du chemin.

En Suisse, alors que Nans et Mouts connaissent une passe un peu difficile sur un banc de la ville de Nyon, ils adressent la parole à Dominique, une femme encore bouleversée par la vision d’un film qu’elle vient de voir au cinéma. Cet instant, qui aurait pu durer l’espace d’un bonsoir, va devenir le tournant de leur voyage. Hébergé par Dominique et son mari Alain, Nans et Mouts vont découvrir que les pépites d’or qu’ils recherchaient en Suisse sont peut-être bien à rechercher au fond du cœur de ses habitants. Plus que de la solidarité, c’est le partage qui va s’installer dans la relation entre les voyageurs et leurs hôtes. Un partage d’émotions, de ressentis, de visions de la vie et même au fil des jours, de tendresse. Plus encore, la fille d’Alain, Sandrine va devenir une partie essentielle de l’expédition en se joignant aux explorateurs. Donner et recevoir, l’expérience va dans les deux sens pour nos fous furieux de Nus et culottés. Evidemment ce genre de choses n’a pas lieu à ce point à chaque voyage. Mais une seule rencontre de cette intensité nous donne le sentiment d’avoir assisté à quelque chose de fort, plus fort qu’un simple programme tv.

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Si J’irai dormir chez vous repose un peu moins sur l’échange au long cours dans son principe, l’émission a donné lieu elle aussi à des moments particulièrement marquants. Des rencontres parfois brèves mais qui ont su marquer l’histoire de l’émission.

Au Cambodge, Antoine de Maximy a parcouru des villes, des campagnes et des villages. Il a vu des prêtres, des pêcheurs et même des démineurs, mais une rencontre a dépassé toutes les autres par son intensité. Au cœur d’un petit village, Antoine se retrouve devant quelques habitants ne parlant pas un mot d’anglais. Au milieu du groupe, un vieil homme joue d’une sorte de harpe cambodgienne. A travers des grimaces, des mimes et des sourires, un début de communication s’engage malgré tout. Antoine prête sa caméra aux villageois, les rôles s’inversent. Mais c’est lorsque le documentariste se met à siffler entre ses doigts pour accompagner le vieux musicien qu’un véritable échange se crée. Pas un mot n’est échangé mais un lien se crée, quelque chose passe, une émotion s’installe peut-être même plus forte que si l’échange avait eu lieu autrement. Ils ne referont pas le monde ensemble certes, pourtant un partage s’est produit.

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Il faudrait citer toutes les fois où, comme pour Nans et Mouts, des hommes et des femmes vivant dans le dénuement le plus total ont accepté d’ouvrir leur porte à Antoine de Maximy. Des pages et des pages ne suffiraient pas tant ces actes de solidarité se sont multipliés sur tous les continents. Quelle conclusion en tirer ? Dans les deux cas, ce que l’on retient de ces voyages télévisés ce ne sont pas des panoramas, des monuments ou des lieux, ce sont des visages et des échanges.

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Vainqueur : À nouveau l’élève talonne le maître ! On pleure, on rit bref on s’émeut, quelles que soient les destinations J’irai dormir chez vous et Nus et culottés parviennent à titiller nos émotions en dressant le portrait de belles personnes que l’on aimerait croiser sur son chemin. La mission est remplie des deux côtés, un partout !

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Vainqueur final : J’irai dormir chez vous

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Petite victoire pour Antoine de Maximy qui l’emporte avant tout pour son rôle de pionnier d’un documentaire faisant la part belle à l’émotion et à la rencontre comme moteur de la découverte. Si leurs volontés ne sont pas tout à fait les mêmes, on retrouve en tout cas la même générosité, le même appel à s’ouvrir aux autres dans J’irai dormir chez vous comme dans Nus et culottés. Le reste est affaire de sensibilité et de feeling avec le guide du voyage. Que l’on soit plus sensible aux traits d’humour d’un voyageur solitaire ou que l’on apprécie l’énergie d’un tandem de jeunes fous, on peut en tout cas sans souci se laisser porter par l’appel de l’évasion dans les deux cas.

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