Coup de projo sur Taratata

Aujourd’hui on shake son booty, on swing des guiboles et on pogote dans les guinguettes. Aujourd’hui c’est la fête de la musique ! Comme tous les 21 juin, toutes les villes de France devraient sortir l’artillerie lourde pour vous faire danser jusqu’au bout de la nuit. Mais, si la musique est à l’honneur, ne fermons pas pour autant nos écrans. Voilà l’occasion parfaite pour revenir sur l’une des émissions musicales les plus cultes, le petit bijou signé Nagui : Taratata !

Ce soir c’est boeuf !

Taratata c’est quoi ? Avec son nom rappelant la sonorité d’une trompette de fanfare, ce programme est l’une des doyennes des émissions musicales diffusées actuellement. Aujourd’hui âgée de 23 ans, le programme de Nagui a connu une histoire pour le moins tumultueuse, en passant par à peu près toutes les chaines de France Télévisions avant de devenir un show intégralement web en 2013, puis de revenir à nouveau sur les petits écrans depuis octobre 2015. Taratata ou l’émission qui ne voulait pas mourir.

Pourquoi une telle longévité ? Peut-être parce que ce programme suinte la passion pour la musique à chaque minute. Bien avant la mode des télés crochets à la The Voice ou à la Nouvelle Star, Taratata se construit sur la performance, sur l’émotion du moment et sur l’impression d’assister depuis chez soi à un concert comme si nous y étions. La différence avec The Voice et consorts, c’est que l’enjeu n’est pas qui sort ou qui reste mais que se passe-t-il en concert, et avec quels artistes. Qui va nous faire swinger ? Qui va nous émouvoir aux larmes ?

La disposition des caméras, la manière dont sont montrés les instrumentistes, tout est fait pour que les musiciens comme le public aient la sensation de se retrouver en plein bœuf, en plein séance de répétitions dans un studio d’enregistrement. Les artistes ne sont pas disposés face à un public mais plutôt les uns en face des autres. Ils sont en cercle, en famille, à même de créer en s’observant les uns les autres.  Le résultat est simple, on en oublie la télé et l’aspect promo et l’on a l’impression d’assister à un enregistrement privilégié, un concert intimiste donné avant tout pour le plaisir. Bref, peu importe les promos, il ne nous reste qu’à profiter en tapant joyeusement du pied.

Le temps d’une chanson

L’originalité de Taratata c’est aussi d’être parvenu à ne jamais s’enfermer dans un genre ou dans un cadre particulier. Contrairement aux émissions nostalgiques telles Du côté de chez Dave, on n’est pas là pour se remémorer la larme à l’œil les belles chansons du temps passé. Non, ce qui compte ici, c’est la création présente, sous toutes ses formes et dans tous ses courants. Rappeurs, rockeurs ou chanteurs pop, tout le monde est le bienvenu sous le grand chapiteau de Taratata, des jeunes prometteurs aux stars internationales plus que confirmées.

Parvenir à réunir sur le même plateau Patti Smith et Cali, c’est aussi la force de Taratata. Ne pas s’adresser qu’à une audience mais faire se rencontrer des artistes aux styles différents qui, pourquoi pas, pourraient bien provoquer une étincelle musicale. Un moment de création inédit que l’on ne retrouvera peut être jamais, mais qui va faire justement tout le sel de l’émission. Ou comment le plus inattendu peut parfois devenir une petite pépite.

Les duos, trios ou plus si affinités font partie de l’ADN de Taratata depuis ses débuts. Dès le deuxième numéro de l’émission, le trio Carole Fredericks / Michael Jones / Jean Jacques Goldman imprimait une identité forte à la marque Taratata en en faisant l’émission du partage. Multigénérationnels ou provenant de différents continents, ces duos peuvent être l’occasion de révéler de nouveaux artistes mais aussi de redécouvrir des chansons avec une interprétation à mille lieux des originaux. Le petit plus qui change tout, c’est le partage d’univers, l’échange entre deux chanteur(se)s qui viennent faire dialoguer leurs démarches artistiques en complète égalité.

Il faudrait des pages et des pages pour répertorier les duos ou les trios les plus marquants ou les plus improbables de l’histoire de Taratata. Entre les rencontres Hubert Félix Thiéfaine / Tryo / Didier Wampas, le duo des vocalistes Céline Dion / Bryan Adams ou encore les performances des Rita Mitsuko avec Cesaria Evora ou Philippe Katerine, de très nombreuses rencontres méritent d’être découvertes ou redécouvertes à leur juste mesure. Les producteurs de l’émission l’ont d’ailleurs bien compris avec le site internet officiel de l’émission, devenu une véritable boite à souvenirs de toute l’histoire de Taratata. Une chose est sûre, les perles ne manquent pas. Une autre chanson pour la route, l’un des moments les plus marquants de l’émission : un duo entre James Blunt et Micky Green réinterprétant à leur manière tout en douceur le classique de Cat Stevens, Wild World. Bon voyage !

Redécouvrir une chanson

Hors des duos précités, Taratata nous a également offert l’occasion de redécouvrir le répertoire d’un artiste en changeant simplement les conditions de la sacro-sainte promo commerciale. Au lieu d’accueillir une flopée d’artistes dans un zapping permanent pour tenter de réveiller l’attention d’un public moribond, l’émission fait le pari du temps long et de la concentration. OVNI parmi les OVNIs, le programme donne l’occasion à ses invités de s’exprimer à la fois au cours d’interviews qui prennent leurs temps et de s’exprimer musicalement en bénéficiant d’une scène ouverte à toutes leurs envies. Plutôt royal pour une promo.

Que l’on aime ou pas Nagui importe peu, son rôle revient finalement à devenir une sorte de représentant du téléspectateur. Devant ces célébrités ou ces artistes prometteurs, il apparaît autant comme l’hôte de la soirée que comme un simple fan, regardant tout émerveillé une star mondiale lui chanter une chanson, presque rien que pour lui. Forcément on s’identifie un peu, d’autant que l’on épouse bien souvent son point de vue. On sent en tout cas que l’animateur n’est pas là pour passer les plats mais qu’il est bel et bien passionné. De quoi nous rabibocher avec lui, même pour les plus réfractaires.

Dans de tels moments d’intimité, Taratata cultive bien des similitudes avec une émission pas si éloignée dans son esprit, MTV Unplugged. Le programme d’outre-atlantique offre depuis 1989 l’occasion à des artistes de tous styles de réinterpréter leurs plus grands titres avec le minimum d’effets et le maximum de sensibilité. Dehors les instruments électriques et les amplificateurs, seule compte l’intimité d’un dispositif guitare voix ou de quelques instruments acoustiques. Un principe qui a donné lieu à moult moments cultes et à plusieurs albums retraçant l’expérience tels le Jay-Z MTV Unplugged ou le MTV Unplugged in New York du groupe Nirvana. Lorsque Taratata invite Alicia Keys ou Lady Gaga à venir chanter accompagnées d’un simple piano, difficile de ne pas repenser aux performances made in MTV. Dans les deux cas on retrouve le même objectif : aller au cœur de l’intention, sans artifice, avec l’émotion de la voix comme seule guide. Dans ces conditions, nulle surprise à ce que l’on redécouvre non seulement des chansons mais des artistes sous un nouveau jour.

Vous l’aurez compris, si Taratata compte de si nombreux fans, elle ne le doit pas seulement à son exceptionnelle longévité. Emission pour mélomanes faite par des mélomanes, elle offre une voie originale et sensible pour l’expression musicale dans le paysage audiovisuel. Que l’on soit fan de rock, de pop ou d’électro, nulle doute que l’on peut retrouver dans cette émission une émotion à part, une force que l’on ne retrouvera guère ailleurs. Souhaitons-lui encore longue vie et de beaux moments d’échanges et de partages musicaux.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s