Hollywood et le syndrome des franchises

S’il y a bien quelque chose de facile à recommander dans le cinéma, ce sont les suites. Les suites, les prequels, les sequels, reboots, remakes, redites et autres resucées s’enchaînent et se suivent, poussées par l’objectif d’Hollywood consistant à réduire le risque. La société que tout le monde envie là-bas, et qui est devenue le synonyme d’une tendance installée, c’est bien sûr Disney. Non contents de continuer à fournir les petits en dessins animés, les travailleurs de chez Mickey peuvent avoir le sourire, forts de leurs plus ou moins récentes acquisitions que sont Pixar, Marvel, et la galaxie LucasFilm. Sans oublier Jack Sparrow et la nouvelle vague d’adaptations filmées de dessins animées. Nous n’échapperons pas à de nouvelles fadasseries comme Cendrillon La Belle et la bête sont en chemin, Aladdin aura le droit à un prequel centré sur le génie et… le Prince Charmant sera la star d’un film dédié à sa personne, scénarisé par l’homme derrière Big Mamma 3 (*larmes de joie*).

Big Mamma est un exemple (de taille) parmi d’autres : parier sur des suites n’est pas une nouveauté. Les trublions Laurel et Hardy faisaient déjà le bonheur de la MGM puis d’Universal (pour qui ils tournèrent plus de 25 films) dans les années 40/50, en permettant des rentrées d’argent régulières et en offrant la possibilité d’investir dans des projets plus originaux. Mais la donne est différente aujourd’hui. Les prequels et films de franchises ne sont plus une partie du business, ils sont devenus le business. Il suffit de regarder le line-up des années à venir : si l’on se base sur les chiffres de l’année 2015, en anticipant les prochains films non annoncés, on peut légitimement assumer que l’on va se gaver de prequels et autres grosses franchises à raison de 150 films en 4/5 ans. Nous sommes passés dans une autre dimension, et pour de bon.

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Les raisons d’un tel phénomène sont multiples. Premièrement, le budget marketing des films a explosé. Il est par conséquent beaucoup plus facile de miser sur des marques déjà connues du grand public comme les Tortues Ninjas que de tenter de créer une attente autour d’un projet original, surtout pour le public-cible des majors américaines qui reste la young male audience. Ajoutons que l’installation d’une franchise permet en général de mettre le paquet sur le merchandising. Les professionnels derrière la petite pépite Ninja Turtles 2 n’ont pas caché vouloir continuer la série, malgré le succès en demi-teinte dudit film, parce que la vente de jouets dérivés cartonne. Ces mêmes professionnels ont aussi, comme nous tous, des patrons, et il est aujourd’hui plus facile de justifier l’échec d’une suite de franchise que de tenter de se dédouaner d’avoir misé sur un projet original. Adieu la prise de risque ! Enfin, la chute du marché des DVD limite les possibilités d’amortir le coût d’un bide en salles, tandis que l’émergence du marché international augmente considérablement le potentiel succès d’œuvres basées sur des matériaux déjà existants (adapter sa campagne de comm’ à chaque pays coûte très cher). Prenez Warcraft, au nombre d’entrées très mitigé aux states, mais carton total en Chine, où le jeu vidéo est roi. L’explosion du chiffre annuel du box-office chinois n’est pas terminée (une salle de cinéma y pousse chaque jour), les franchises non plus.

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*gros soupir*

Et pourtant et pourtant… Tout n’est pas rose à Hollywood. Spielberg s’était certes un peu emballé en annonçant la mort des studios, soi-disant inconscients des risques de flops monumentaux. Il semblait avoir vu juste lorsque Disney perdit 200 millions de dollars sur John Carter et que Battlefield et Lone Ranger s’engagèrent sur la même voie, mais l’année 2015 fut incroyablement bonne avec les bolides de Fast & Furious, les dinos de Jurassic World et les fouets de 50 Shades… Toujours est-il que le réalisateur des Dents de la mer (le premier blockbuster) avait en réalité touché du doigt une vraie réalité : le public de cinéma commence peut-être à en avoir raz-le-bol. Certains films de franchise ont brillamment marché (Civil War, Le livre de la jungle, Deadpool), mais beaucoup de suites se sont cassées la figure.

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La vraie question : après John Carter, Battlefield et True Detective 2, y a-t-il une malédiction Taylor Kitsch?

X-Men Apocalypse fait moins bien que le précédent, Batman Vs Superman fait mieux que Man of Steel mais moins bien que les Nolan (sans compter qu’il n’apportera qu’un profit limité à Warner Bros) et le second Alice au pays des merveilles, en plus de toujours autant piquer les yeux, ne séduit pas. Et que dire de Nos pires voisins 2, Le chasseur et la reine des glaces (le titre aurait dû être un premier indice), Zoolander 2, Allegiant… tous de gros gros échecs outre-Atlantique ? Ils viennent s’ajouter à la désormais longue liste de suites récentes peinant à séduire le public de manière répétée, de Ted 2 à Taken 3, en passant par Terminator et Magic Mike XXL. Du côté des reboots/remakes, que dire de Point Break, Fantastic Four, Polteirgest, Pan… qui se sont tous plantés comme des crêpes ?

Personne à Hollywood ne semble comprendre qu’à de rares exceptions près (Le livre de la jungle il y a peu), les remoots/remakes n’attirent plus grand monde. Ni qu’un premier hit n’assure pas forcément une rentrée d’argent étalée sur les années, comme semblaient l’estimer les professionnels du secteur, pour qui la familiarité du public avec un univers était la clé du succès. La vérité est que le fait de minimiser le risque est aujourd’hui impossible. Trop de facteurs entrent en compte pour que l’on puisse tous les contrôler. Les grosses firmes américaines vont continuer à suivre la tendance, et l’été sera sans doute fait de succès (Conjuring 2 et Dory pour commencer), mais aussi d’échecs potentiels : Star Trek, Jason Bourne, et la très probable purge Ben-Hur (regardez la bande-annonce…). Il y a trop d’enjeux pour que le système change, mais il ne faudra pas définitivement perdre une audience qui exprime déjà son refus de payer pour voir la même chose. Le mouvement de flux qui s’opère en ce moment du cinéma vers la télévision (en terme de talents mais aussi de public) est symptomatique : sur le petit écran, les idées originales ont voix au chapitre.

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Petit récap’

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