Coup de projo sur La Carte au Trésor

Lorsqu’il fait trop chaud pour sortir, lorsqu’un verre en terrasse ne vous dit rien et que vos poches sont trop percées pour partir aux îles Féroé, que regarder à la télé ? Pas de sagas de l’été pour s’endormir doucement en suivant Ingrid Chauvin dévoilant le mystère des dolmens, plus d’Intervilles pour se moquer des pompiers encornés, ô rage ô désespoir, ne resterait-il que Fort Boyard et L’Amour est dans le pré parmi nos rendez-vous estivaux préférés ? Aujourd’hui l’humeur est à la nostalgie sur Spideo Club : il est temps de se demander où sont passées nos balades en hélicos avec Sylvain Augier. Petit coup de projo sur l’une des émissions phares de nos jeunes années, j’ai nommé La Carte aux Trésors.

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La tête et les jambes

Qu’est-ce que La Carte aux Trésors ? Prenez deux petits bonshommes vêtus de rouge et de bleu courant à travers les futaies et les collines à la recherche d’indices pour résoudre une énigme. Donnez-leur des caméramen acrobates capables de franchir n’importe quelle barrière ou portail avec grâce et aisance. Rajoutez à cela des rencontres improbables au cours de parties de stop endiablées, et enfin saupoudrez le tout de courses poursuites en hélicos dantesques. Tadam ! Vous obtenez la recette de l’une des émissions les plus cultes des années 90/2000. Si l’aventure est l’une des plus importantes facettes du programme, il ne faudrait pas oublier pour autant l’autre petite particularité du jeu de France 3 : la culture. Eh oui, on est sur le service public tout de même.

Réconcilier l’aventure et la culture, l’action et la réflexion, c’est une sorte de vieux rêve de la télévision depuis au moins La Tête et les Jambes, à l’époque de l’ORTF. Avec La Carte aux Trésors, mission accomplie ! On se passionne pour les candidats, on se prend même à les encourager à chaque poursuite en kayak ou course contre la montre en VTT. Et en même temps on apprend. On découvre l’histoire du tombeau de Sainte Marie Madeleine, on se familiarise avec la fabrication de la faïence ou avec la culture de la vigne, bref c’est tout un patrimoine qui se présente à nous. A travers les nombreuses régions parcourues pendant les 13 ans que durera l’émission, Sylvain Augier puis Marc Bessou et Nathalie Simon parviendront à rendre ludique l’acquisition d’un savoir. Si l’on n’égale pas la profondeur d’un Secrets d’Histoire, les énigmes posées aux candidats permettent à l’émission d’apporter des connaissances presque sans en avoir l’air. Mêmes les plus rétifs aux documentaires peuvent se laisser séduire.

Autre argument en faveur de La Carte aux Trésors : l’émission est un remède parfait à toute morosité. De bons mots en gamelles à travers champs, on peut esquisser un sourire voire même se payer un franc fou rire à l’occasion. Entre le bon samaritain qui prend Roger en stop en le perdant complètement avec l’envie de bien faire, ou la boulangère qui nous indique un chalet quand on lui demande où se trouve Cholet, tout peut arriver aux candidats de l’émission. Rien n’est prévu à l’avance, toutes les péripéties sont possibles, y compris les plus absurdes. Une spontanéité parfaite pour rendre l’émission extrêmement attachante.

Il était une fois les explorateurs

Si La Carte aux Trésors est apparue sur nos écrans en 1996, l’émission ne vient pas de nulle part. 15 ans avant les premiers pas de Sylvain Augier dans un hélico, un autre aventurier s’élançait déjà sur les routes. Son nom ? Philippe de Dieulevault. A l’époque, le programme s’appelle La Chasse aux trésors et ressemble à une sorte de version prototype du show des années 90. Au lieu d’avoir un animateur maître du jeu donnant des objectifs aux candidats, ceux-ci se retrouvent dans le rôle d’auxiliaires de l’animateur aventurier, décodant en plateau les énigmes découvertes sur le terrain par un Dieulevault bondissant d’indices en indices. Légère différence également : l’émission se passe alors non seulement en France mais aussi aux quatre coins du monde. Autre temps, autres budgets sans doute.

Chasse-aux-trésorsde Dieulevault

Le jeu d’aventures va connaitre un important succès mais ne durera que 4 saisons. En 1985 l’émission est annulée et Philippe de Dieulevault disparaît sans laisser de traces le long du fleuve Zaïre. D’aucuns prétendent aujourd’hui qu’il aurait été en réalité espion au service des renseignements français…. Mystère, mystère quand tu nous tiens.

Le concept sera ressuscité quasiment à l’identique en 1994 avec Les Trésors du monde animés par Patrick Chene, historique commentateur du Tour de France pendant les années 90 et déjà Nathalie Simon. Vous ne vous en souvenez plus ? Rien de plus normal, l’émission très peu regardée ne connut qu’une petite saison. Une étoile filante de l’aventure sans doute.

Lorsqu’apparaît La Carte aux Trésors en 1996, La Chasse prend un petit coup de vieux grâce à une idée toute simple : rassembler réflexion et exploration dans un même élan. L’idée d’Olivier Chiabodo et Christophe Cossé, les créateurs de La Carte, tient sans doute à cette volonté d’immerger le plus possible les spectateurs dans le parcours des candidats, pour leur donner l’impression de participer à une quête épique et non juste de se retrouver devant un jeu télé un peu amélioré, mais somme toute classique. La tête et les jambes sont réconciliées, le candidat devient un explorateur de l’histoire, capable d’enquêter tout en surmontant les obstacles physiques qui lui tomberont sur le coin du nez.

Rendons hommage au passage au créateur de La Chasse aux trésors, le premier à avoir posé les jalons pour un jeu d’aventure à cette échelle. Un petit monsieur qui s’est rendu coupable, l’air de rien, de quelques émissions telles que Tournez manèges, La Piste de Xapatan ou encore Fort Boyard, excusez du peu. Bref, vive Jacques Antoine !

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L’aventure à la TV est-elle en voie de disparition ?

Malgré les tentatives de modernisation, La Carte aux Trésors finit par tirer sa révérence à la fin de l’été 2009. Les audiences en chute années après années auront finalement raison de l’un des derniers programmes d’aventures du service public. Serait-ce pour autant le signe du déclin du genre ? Qui pourrait ou aurait pu reprendre le flambeau de l’émission aux hélicos virevoltants ?

Si les jeux d’aventures n’ont pas réellement disparu, force est de constater qu’aujourd’hui, à part quelques résistants tels Fort Boyard, le virus de la téléréalité semble avoir fortement contaminé le genre. Koh Lanta ou Qui est la taupe présentent l’excitation de l’aventure et quelques épreuves physiques qui peuvent évoquer les pérégrinations des équipes bleus et rouges d’antan, mais au niveau du degré d’implication du téléspectateur dans le jeu, on est tout simplement dans un autre monde. Au lieu de suivre Kévin ou Michel sur un épisode de La Carte aux Trésors, un Koh Lanta offre la possibilité de s’attacher à des candidats pendant de nombreuses semaines. On ne suit plus le jeu que pour un concept mais pour des personnages que l’on prend plaisir à retrouver d’épisodes en épisodes. Un peu comme une série finalement.

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A la croisée du principe du suivi de candidats et de la découverte de territoires, les meilleurs descendants de La Carte seraient peut-être à chercher du côté de Pékin Express ou d’Amazing Race. Si l’aspect patrimoine et monument n’est pas des plus approfondi dans ces deux jeux, on retrouve par contre moult éléments qui faisaient le sel de La Carte. Le contre la montre, la course vers un objectif, la découverte de territoires et surtout l’aspect entraide avec les habitants du coin. Autant de choses que l’on aimait retrouver au cœur du Cantal et qui marchent toujours autant sur les contreforts de l’Himalaya ou au beau milieu des ruelles de Rio. Certes, les candidats de Sylvain Augier dégustaient rarement des testicules de mouton ou des yeux de poisson, mais on retrouve incontestablement quelque chose de l’esprit d’entraide et de solidarité que l’on aimait chez les rouges et bleus.

TREK SUR LE VOLCAN PINATUBO : LUDOVIC ET SAMUEL, JESSICA

Ces deux émissions ayant elles aussi connu un destin funeste, ne resterait-il donc aucun descendant à La Carte aux Trésors ? Et si les plus grandes similitudes étaient à rechercher hors des jeux télévisisés ? Une émission où l’on découvre des traditions tout en battant la campagne en cherche d’un peu d’aide, ça ne vous rappelle rien ? Et si J’irai dormir chez vous était au fond porteur du même esprit qu’un jeu d’aventure ? En dehors de la chemise rouge d’Antoine de Maximy, il y a dans les deux concepts la même envie de plonger vers l’inconnu. Une envie aussi de mettre à l’épreuve sa débrouillardise tout en faisant de belles rencontres, susceptibles d’aider à trouver son chemin. Les objectifs ne sont pas les mêmes mais la découverte, le dépaysement et l’entraide sont en jeu des deux côtés. Entre culture et amitié, deux concepts que tout semble opposer pourraient bien être extrêmement proches.

Antoine de Maximy c'est invité au festival de Burning Man dans le désert du Nevada

La Carte aux Trésors ne semble pas prête de revenir sur nos écrans. La mode est passée, tristesse infinie mais c’est bel et bien terminé. Si l’on doit en conserver quelque chose, ce serait sans doute les valeurs que l’émission a su transmettre. Tout jeu d’aventure qu’elle soit, La Carte aux Trésors a montré qu’un jeu télévisé peut valoriser la curiosité, l’histoire, l’envie de se dépasser et l’esprit de solidarité. Le tout avec des images chatoyantes, dix ans avant l’invention des drones, et dans des paysages magnifiques ! Que demandait le peuple ? Ça, je vous laisse seul juge….

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